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Une augmentation de 10% de la cadence améliore la cinématique de course et les résultats cliniques à 4 semaines et à 3 mois chez des coureurs souffrant de douleurs fémoro-patellaires

Une analyse de Tom Goom info

POINTS CLÉS

  1. Une seule séance de réentrainement à la course afin d'augmenter la cadence de 10 % en utilisant un métronome peut être efficace pour modifier l'allure si le patient la contrôle lui-même en utilisant une montre GPS.
  2. Ces changements d'allure peuvent aider à réduire la douleur et à améliorer la fonction chez les coureurs souffrant de douleurs fémoro-patellaires.
  3. La prudence est de mise dans l'application de ces résultats. Plus de recherches sont nécessaires comme des essais contrôlés avec plus de personnes.

CONTEXTE ET OBJECTIFS

Il a été démontré que l'augmentation de 10 % de la cadence pendant la course à pied permettait de réduire les contraintes sur l'articulation fémoro-patellaire (1), mais il n'y a que peu d'études qui s'intéressent à l'effet de cette approche sur la douleur et la fonction chez le coureur souffrant de douleurs fémoro-patellaires (DFP). Dans les études qui ont utilisé le réentrainement du schéma de course pour traiter les symptômes des coureurs, il y avait en général 8 séances avec une diminution progressive du feedback. Cette étude a cherché à tester si les coureurs pouvaient être capable de mettre en place eux-mêmes un programme de réentrainement du schéma de course pour la DFP en utilisant un métronome après une seule séance pour leur expliquer comme faire.

Il a été démontré que l'augmentation de 10 % de la cadence pendant la course à pied permet de réduire les contraintes sur l'articulation fémoro-patellaire.
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Notre stratégie de traitement clé pour la DFP devrait être l'éducation et la modification des activités.

MÉTHODE

18 coureurs souffrant de DFP ont été recrutés pour cette étude, on retrouve chez 12 d'entre eux d'une augmentation de l'adduction de hanche ou une chute du bassin controlatéral pendant l'analyse 3D de la course à pied. On a proposé à ces 12 participants (4 hommes, 8 femmes) une séance de 10 minutes de réentrainement pendant laquelle on leur a demandé de maintenir une vitesse constante et d'augmenter leur cadence (nombre de foulées par minute) de 10 % en utilisant un métronome. Après cette séance, il a été conseillé aux coureurs qu'ils pouvaient augmenter le volume de course à partir du moment où la douleur était en dessous de 3 sur 10 pendant la course.

L'analyse 3D de la course a été reconduite à 4 semaines et à 3 mois. Les critères d'évaluation cliniques sur l'échelle fonctionnelle des membres inférieurs (LEFS) ont été mesurés et la pire douleur auto-rapportée par le coureur (de 0 à 10) pendant la semaine précédente a été notée. Les participants ont aussi noté la plus longue distance parcourue sans douleur et le volume de course total hebdomadaire.

RÉSULTATS

Il y a eu une nette augmentation de la cadence et une réduction de la chute du bassin controlatéral, de l'adduction de hanche et du pic de flexion du genou après la séance de réentrainement du schéma de course. Bien que les changements dans la cinématique aient été faibles, ils étaient cohérents avec de précédentes recherches faisant le lien entre ce type de changement et la réduction des contraintes fémoro-patellaires (1).

Les scores de la douleur ont diminué de manière significative en passant d'une moyenne de 6,2 initialement à 1,0 à 4 semaines et à 0,3 à 3 mois (voir figure 1). L'échelle LEFS s'est aussi améliorée avec 62,3 initialement, 76,6 à 4 semaines et 79,7 à 3 mois. Tous les coureurs ont rapporté une augmentation significative de leur volume de course total hebdomadaire et de la distance courue sans douleur en comparaison avec les valeurs initiales, à 4 semaines et à 3 mois.

FIGURE 1 - SEUIL DE PRESSION A LA DOULEUR LOMBAIRE (PAIN PRESSURE THRESHOLD) Image

LIMITES

L'échantillon de l'étude était relativement petit (12 participants), même s'il a été obtenu à partir d'un calcul d'échantillonnage détaillé dans la publication. Bien que la plupart des études dans ce domaine ne comptent que des échantillons de 10 à 20 coureurs, il faut être prudent dans la généralisation de ces résultats à une population plus large.

Il n'y avait pas de groupe contrôle dans cette étude et ils ont aussi inclus des conseils autour de l'entraînement et de la douleur (c.à.d garder la douleur en dessous de 3 sur 10). Des conseils similaires se sont révélés efficaces dans l'amélioration de la douleur et de la fonction chez les coureurs souffrant de DFP (2), ce qui a aussi pu influencer les résultats. Un groupe contrôle qui aurait seulement eu de l'éducation aurait permis de faire une comparaison intéressante.

IMPLICATIONS CLINIQUES

Il est juste de dire que la réduction de la douleur et les améliorations fonctionnelles dans cette étude sont impressionnantes. En particulier l'augmentation de la distance parcourue sans douleur et du volume de course hebdomadaire sont encourageants, car on sait que c'est particulièrement important chez les coureurs.

Ce concept de prise en charge est logique biomécaniquement parlant ; il a été démontré qu'une augmentation de la cadence diminue les contraintes fémoro-patellaires, ce qui à son tour a tendance à diminuer les douleurs pendant la course.

Malgré ces conclusions positives, nous devons rester prudents et ne pas penser que cette stratégie est applicable à tous les coureurs souffrant de DFP. Premièrement, cette intervention a été élaborée pour ceux qui avaient une augmentation de l'adduction de hanche (un mouvement que l'on pense être en lien avec l'augmentation des contraintes fémoro-patellaires). Elle est peut-être donc plus appropriée pour ceux dont la cinématique de course est à risque. Deuxièmement, nous avons besoin de plus de recherche dans ce domaine et plus d'essais contrôlés sur le réentrainement du schéma de course de manière générale.

Lorsque le réentrainement du schéma de course a été ajouté à l'éducation à la douleur et à la gestion de la charge chez les coureurs souffrant de DFP, il n'y a pas eu d'améliorations significatives au-delà de l'éducation seule (2). En gardant cela à l'esprit, il semble que notre stratégie de traitement clé devrait être l'éducation et la modification des activités. Le réentrainement du schéma de course est un adjuvant utile chez ceux avec un schéma de course adéquat.

+RÉFÉRENCES

Bramah C, Preece S, Gill N and Herrington L (2019) A 10% Increase in Step Rate Improves Running Kinematics and Clinical Outcomes in Runners With Patellofemoral Pain at 4 Weeks and 3 Months. The American Journal of Sports Medicine, 47(14), 3406-3413.

RÉFÉRENCES CITÉES

  1. LENHART, R., THELEN, D., WILLE, C., CHUMANOV, E. and HEIDERSCHEIT, B., 2014. Increasing Running Step Rate Reduces Patellofemoral Joint Forces. Medicine & Science in Sports & Exercise, 46(3), pp.557-564.
  2. Esculier, J., Bouyer, L., Dubois, B., Fremont, P., Moore, L., McFadyen, B. and Roy, J., 2017. Is combining gait retraining or an exercise programme with education better than education alone in treating runners with patellofemoral pain?A randomised clinical trial. British Journal of Sports Medicine, 52(10), pp.659-666.
En collaboration avec l'Agence EBP
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