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Effet de l'étiquetage diagnostique sur les intentions de prise en charge des lombalgies non spécifiques : une expérience randomisée basée sur des scénarios

Une analyse de Dr Jarod Hall info

POINTS CLÉS

  1. Près de 75 % des cliniciens de première intention pensent qu'il est possible d'identifier la source dans tous les cas de lombalgies et pensent que l'étiquetage anatomopathologique est un guide plus approprié pour le diagnostic et le choix du traitement.
  2. Cependant, les données fournies par cette étude indiquent que les cliniciens devraient envisager de ne pas utiliser les étiquettes diagnostiques protrusion discale, dégénérescence et arthrite dans le cadre des explications et de la réassurance données aux personnes atteintes de lombalgie non spécifique.
  3. Changer la façon dont nous étiquetons la lombalgie peut aider à réduire les tests médicaux et les traitements inutiles et à accroître l'acceptabilité de l'attente vigilante [watchful waiting], de l'auto prise en charge et des options de traitement moins intensives qui sont recommandées dans la prise en charge de la lombalgie non spécifique.

CONTEXTE ET OBJECTIFS

La lombalgie est la principale cause d'années vécues avec une incapacité dans le monde, et c'est la deuxième raison la plus courante liée aux symptômes qui entraine une recherche de soins auprès d'un professionnel de santé de première intention (1, 2). En 2016, aux États-Unis, on estime que 134,5 milliards de dollars ont été dépensés en services de santé pour les patients souffrant de douleurs lombaires et cervicales, et ces dépenses semblent augmenter régulièrement et rapidement chaque année.

La grande majorité des lombalgies (environ 90 à 95 %) sont appelées « lombalgies non spécifiques ». Selon les directives de pratique clinique sur la lombalgie, le terme lombalgie non spécifique fait référence à une lombalgie pour laquelle il n'est actuellement pas possible d'identifier une cause structurelle spécifique (par exemple, une radiculopathie, une fracture, un cancer) (3).

Cependant, l'utilisation du terme "lombalgie non spécifique" a suscité de nombreuses critiques. Les opposants à l'étiquette non spécifique affirment qu'elle est difficile à utiliser avec les patients, indique que le clinicien ne sait pas ce qui ne va pas chez le patient, ne fournit aucune base pathoanatomique pour la lombalgie et est un obstacle à la prestation de soins individualisés.

Les auteurs de cette étude avaient pour but d'expliquer pourquoi l'utilisation d'étiquettes structurelles spécifiques hautement spécifiques et anatomiques peut également être considérée comme problématique.

En 2016, aux États-Unis, environ 134,5 milliards de dollars ont été dépensés en services de santé pour les patients souffrant de douleurs lombaires et cervicales.
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Supprimer des termes comme dégénérescence des étiquettes diagnostiques de la lombalgie comporte peu de risque et pourrait aider les patients à changer leur point de vue.

MÉTHODE

Cette étude était une expérience randomisée de supériorité à six bras, en groupes parallèles, avec des participants mis en aveugle et réalisée en ligne.

Population

Les participants ont été recrutés par le biais de Qualtrics et séparés en trois groupes :

  1. Adultes qui souffraient actuellement de lombalgie et avaient reçu un traitement formel pour la lombalgie à n'importe quel moment de leur vie (par exemple, traitement par un médecin, un kinésithérapeute, un chiropraticien, un chirurgien ou tout autre professionnel de santé).

  2. Adultes qui souffraient actuellement de lombalgie et n'avaient jamais reçu de traitement formel pour la lombalgie.

  3. Adultes n'ayant jamais eu de lombalgie au cours de leur vie.

Procédure

Tous les participants ont reçu le même scénario : une consultation avec un clinicien de première intention au sujet de la lombalgie. Le scénario décrivait l'emplacement de la douleur, l'événement déclencheur possible et les limitations fonctionnelles. Les participants ont ensuite été randomisés pour recevoir l'une des six étiquettes diagnostiques avec des explications : « vous avez une protrusion discale » ; « vous avez une dégénérescence de la colonne vertébrale » ; « vous souffrez d'arthrite de la colonne vertébrale » ; « vous avez une entorse lombaire » ; vous avez une entorse lombaire » ; « vous avez une lombalgie non spécifique » ; ou "vous avez un épisode de mal de dos".

Les six groupes ont ensuite reçu la même réassurance de la part du clinicien de soins primaires : « Je ne pense pas que vous ayez quelque chose de grave. Je pense que dans l'ensemble, vos perspectives sont bonnes. Le mouvement va aider. Plus tôt nous pourrons vous permettre de reprendre normalement vos activités et votre travail, plus votre mal de dos a de chances de s'améliorer ».

Critères de jugement

Le critère de jugement principal était la croyance quant à la nécessité d'une imagerie pour la lombalgie. Cela a été évalué à l'aide d'un seul élément sur une échelle de Likert en 11 points (0 = non catégorique ; 10 = clairement oui) avec la question : « Pensez-vous avoir besoin d'une imagerie (par exemple, une radiographie ou une IRM) de votre dos ? ».

RÉSULTATS

1 375 participants ont été inclus dans l'analyse finale. Les participants qui ont reçu les étiquettes « épisode de lombalgie » (moyenne [SD] 4,2 [2,9]), « entorse lombaire » (4,2 [2,9]) et « lombalgie non spécifique » (4,4 [3,0]) ont perçu un besoin significativement moins important en faveur de l'imagerie lombaire par rapport à ceux recevant les étiquettes « arthrite » (6,0 [2,9]), « dégénérescence » (5,7 [3,2]) et « protrusion discale » (5,7 [3,1]). Un « épisode de mal de dos » présentait systématiquement le besoin perçu d'imagerie le plus faible par rapport à « l'arthrite », la « dégénérescence » et la «protrusion discale », suivis de « l'entorse lombaire » et de « la lombalgie non spécifique ».

Ces différences entre les étiquettes étaient évidentes dans les trois groupes de participants. Cependant, il y avait des différences plus importantes pour le besoin perçu d'imagerie entre les étiquettes diagnostiques pour les participants atteints de lombalgie actuelle qui avaient des antécédents de recherche de soins.

De plus, dans une analyse secondaire évaluant la volonté des participants à subir une intervention chirurgicale telle que mesurée par une seconde échelle de Likert modifiée, ceux qui ont reçu les étiquettes «LBP non spécifique» (3,4 [2,8]), «entorse lombaire» (3,6 [2,9]) et « épisode de mal de dos » (3,7 [2,9]) étaient moins disposés à subir une intervention chirurgicale que ceux recevant les étiquettes « dégénérescence » (4,6 [3,0]), «protrusion discale » (4,3 [2,9]) et « arthrite » (4.2 [2.9]).

LIMITES

  • Cette étude était basée sur un scénario présenté par un chercheur et les résultats peuvent différer dans des situations réelles.

  • Les critères de jugement n'ont été évalués qu'à un seul moment, immédiatement après l'attribution des étiquettes diagnostiques. Les préférences de prise en charge peuvent changer par la suite à mesure que la réflexion des participants évolue au fil du temps.

IMPLICATIONS CLINIQUES

Les résultats de cette étude fournissent des preuves que l'attribution de certaines étiquettes diagnostiques (épisode de douleur lombaire, entorse lombaire, lombalgie non spécifique) a réduit le besoin perçu d'imagerie, de chirurgie et de deuxième avis par rapport à d'autres étiquettes (arthrite, dégénérescence et protrusion discale) chez les personnes avec et sans lombalgie.

L'attribution des mêmes étiquettes (entorse lombaire, lombalgie non spécifique et épisode de lombalgie) a également réduit la gravité perçue de la lombalgie et augmenté les attentes de récupération. Il est important de noter que l'impact des étiquettes semble le plus pertinent parmi les personnes à risque de mauvais résultats (participants avec une lombalgie actuelle qui avaient des antécédents de recherche de soins), ce qui suggère que ce qui peut être une étiquette bénigne (par exemple, une protrusion discale) pourrait être dangereux/ risqué parmi les plus vulnérables.

En tenant compte du coût, de la surmédicalisation et des dommages iatrogènes associés à la prise en charge de la lombalgie, les cliniciens doivent sérieusement envisager d'éviter les étiquettes comme l'arthrite, la dégénérescence et la protrusion discale et plutôt envisager d'utiliser des étiquettes comme épisode de douleur lombaire, entorse lombaire ou lombalgie non spécifique lorsqu'ils communiquent avec des patients atteints de lombalgie, où toute cause structurelle spécifique nécessitant une exploration plus approfondie a été raisonnablement exclue.

Tout d'abord, ne pas nuire. Ce serment bien connu des professionnels de santé peut nous aiguiller ici. Si le terme dégénérescence était supprimé des étiquettes diagnostiques possibles d'une lombalgie non spécifique, le bénéfice serait très important avec peu de risque. En effet, ce changement pourrait aider les patients à changer leur point de vue et leur permettre d'être plus à l'aise avec une option de traitement non-invasive avec peu de risques.

+RÉFÉRENCES

O’Keeffe M, Ferreira G, Harris I, Darlow B, Buchbinder R, Traeger A, Zadro J, Herbert R, Thomas R, Belton J, Maher C (2022) Effect of diagnostic labelling on management intentions for non‐specific low back pain: a randomised scenario‐based experiment. European Journal of Pain. Published online.

RÉFÉRENCES CITÉES

  1. Vos, T., Barber, R. M., Bell, B., Bertozzi-Villa, A., Biryukov, S., Bolliger, I., Dicker, D. (2015). Global, regional, and national incidence, prevalence, and years lived with disability for 301 acute and chronic diseases and injuries in 188 countries, 1990–2013: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2013. The Lancet, 386(9995), 743-800.
  2. Deyo, R. A., & Weinstein, J. N. (2001). Low back pain. N Engl J Med, 344(5), 363-370.
  3. Bardin, L. D., King, P., & Maher, C. G. (2017). Diagnostic triage for low back pain: a practical approach for primary care. Medical Journal of Australia, 206(6), 268-273.
En collaboration avec l'Agence EBP
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