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Précision diagnostique des éléments d'entretien avec les patients et des tests cliniques dans la radiculopathie cervicale

Une analyse de Dr Julia Treleaven info

POINTS CLÉS

  1. Si la douleur du membre supérieur du patient est pire que celle de son cou ou si ses symptômes sont augmentés lors du repassage et réduits en marchant avec la main dans la poche, cela augmente la probabilité d'une radiculopathie cervicale.
  2. Un test de Spurling positif et/ou la présence d'une diminution des réflexes augmentent la probabilité d'une radiculopathie cervicale.
  3. La probabilité de radiculopathie cervicale diminue si le patient ne présente pas de paresthésie ou d'engourdissement.

CONTEXTE ET OBJECTIFS

Actuellement, il n'existe pas de consensus sur les critères diagnostiques de la radiculopathie cervicale. Par conséquent, le but de cette étude était de déterminer l'exactitude des éléments de l'entretien avec les patients et des tests cliniques effectués par un kinésithérapeute dans le diagnostic de la radiculopathie cervicale. Dans cet article, la radiculopathie a été considérée comme englobant tous les signes et symptômes pouvant survenir en raison de la compression des racines nerveuses, ce qui comprend la radiculopathie (se référant à des déficits neurologiques objectifs) et la douleur radiculaire (qui survient à la suite d'une inflammation ou d'une compression d'une racine nerveuse).

Actuellement, il n'existe pas de consensus sur les critères diagnostiques de la radiculopathie cervicale.
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Les informations de cette étude devraient aider les cliniciens à prendre des décisions sur les meilleures options de prise en charge conservatrice et la nécessité d'une réorientation pour réaliser des examens supplémentaires.

MÉTHODE

134 patients avec une durée médiane de la douleur de 22 semaines ont été inclus dans l'étude, et un neurochirurgien a par la suite diagnostiqué une radiculopathie cervicale chez 66 (49 %) d'entre eux. Ce diagnostic était basé à la fois sur la présentation du patient et les résultats pertinents de l'IRM démontrant une compression ou une irritation des racines nerveuses. Les participants ont répondu à une liste de questions d'entretien, puis une évaluation clinique par un kinésithérapeute a été effectuée avant le diagnostic neurochirurgical pour s'assurer de la mise en aveugle du patient et du thérapeute.

Les éléments d'entretien avec les patients ont été choisis par le biais d'un groupe de réflexion avec deux kinésithérapeutes expérimentés, un neurochirurgien et un chirurgien orthopédiste. Les tests cliniques ont été choisis sur la base de la littérature actuelle et des commentaires du groupe de réflexion, et comprenaient le test de Spurling, le test neurodynamique du membre supérieur pour le nerf médian (ULNT1), le shoulder abduction relief test, le cervical distraction test et un examen clinique neurologique. Le kinésithérapeute qui a effectué les tests cliniques n'avait pas connaissance des réponses des patients aux questions de la liste pré-entretien.

RÉSULTATS

Les patients atteints de radiculopathie ont signalé plus fréquemment une intensité plus élevée de la douleur au membre supérieur mais une intensité moindre de la douleur au cou par rapport à ceux qui n'en avaient pas. La radiculopathie au niveau C6/7 était la plus fréquente. Elle était rarement observée au niveau C5 ou C8. Ils ont également signalé des niveaux significativement plus élevés d'utilisation d'analgésiques pour la douleur neuropathique et des symptômes neurologiques. Il n'y avait aucune différence en ce qui concerne l'âge, le sexe, le handicap, le score DETECT de la douleur (1), le statut professionnel ou la faiblesse musculaire signalée.

Les items de l'entretien « douleur du membre supérieur pire que la douleur du cou », « provocation de symptômes lors du repassage » et « réduction des symptômes en marchant avec la main dans la poche » ont montré une spécificité élevée (81-85 %); la présence de ces éléments suggère donc une probabilité accrue de radiculopathie. Cependant, ceux-ci avaient une sensibilité plus faible (14-58 %), ce qui suggère que l'absence de ces éléments n'indique pas toujours que le patient n'a pas de radiculopathie.

Inversement, les items de l'entretien « présence de paresthésie » et « présence de paresthésie et/ou d'engourdissement » ont montré une sensibilité élevée (83-88 %), suggérant que lorsqu'ils ne sont pas présents, la radiculopathie est moins probable. Cependant, ces items avaient une faible spécificité (37-41 %). Par conséquent, dans l'ensemble, les rapports de vraisemblance de tous ces éléments d'entretien étaient d'une valeur limitée si interprétés isolément.

À l'examen clinique, le test de Spurling (84 %) et la diminution des réflexes (81 %) avaient la spécificité la plus élevée. La sensibilité de ces mesures était respectivement de 57 % et 55 %. Cela suggère que des résultats positifs de ces tests augmentent la probabilité de radiculopathie cervicale, et des résultats négatifs peuvent quelque peu réduire la probabilité de radiculopathie cervicale. Cependant, aucun des tests cliniques n'a montré une sensibilité très élevée, indiquant que les tests négatifs ne peuvent pas être utilisés pour écarter le diagnostic de radiculopathie.

LIMITES

Les résultats de cette étude étaient différents de ceux d'autres études pour certains éléments d'entretien ou mesures cliniques dans lesquelles de petits échantillons ou un gold standard différent a été utilisé pour diagnostiquer la radiculopathie (2). Il existe un débat quant à la meilleure norme de référence à utiliser pour la radiculopathie cervicale, et dans certaines études, le gold standard était l'électromyographie à aiguilles qui se concentre davantage sur la physiopathologie que sur la patho-anatomie. C'est cette technique qui a été utilisée dans la présente étude utilisant l'IRM. Cela rend la comparaison avec d'autres études difficile.

De plus, dans la pratique clinique, les clinicien·ne·s n'utiliseraient pas des éléments en isolation et utiliseraient plutôt les informations obtenues lors de l'entretien avec le patient ainsi que l'examen clinique conjointement à un raisonnement clinique solide pour prendre une décision. Il serait donc utile de déterminer la valeur diagnostique de la combinaison d'éléments de l'entretien et de tests cliniques tels que ceux identifiés dans la présente étude.

IMPLICATIONS CLINIQUES

Les auteurs ont conclu que lors de l'entretien avec le patient, si la douleur du membre supérieur du patient est pire que celle du cou, ou si les symptômes augmentent lors du repassage et/ou diminuent en marchant avec la main dans la poche, cela augmente le risque de radiculopathie cervicale. De plus, s'il y a un test de Spurling positif et/ou une diminution des réflexes à l'examen clinique, cela augmente encore la probabilité de radiculopathie cervicale. La probabilité de radiculopathie cervicale diminue si le patient ne présente pas de paresthésie ou d'engourdissement.

Il est également intéressant de noter qu'aucun évènement indésirable n'est survenu lors de la réalisation des tests cliniques ou de la norme de référence. Ceci est pertinent, car il a déjà été démontré que le test de Spurling avait potentiellement une mauvaise tolérance (3). Il existe également plusieurs variantes décrites de ce test et des incohérences dans la façon dont il est effectué dans la pratique clinique (4). La méthode utilisée dans cette étude impliquait une extension passive du cou, une rotation et une inclinaison. De plus, dans cette étude, la compression n'a été ajoutée que si les symptômes n'avaient pas été provoqués. Le test était considéré comme positif si les symptômes étaient reproduits.

Cette méthode, associée à des manœuvres par étapes, a été recommandée pour éviter une aggravation inutile des symptômes (3). Cependant, la durée des symptômes dans cette étude et dans d'autres études utilisant ce test (3,4) suggère que la majorité des participants étaient dans la phase subaigüe ou chronique de la maladie. Ainsi, les clinicien·ne·s devraient faire preuve de plus de prudence avec ce test dans la phase aigüe.

Dans l'ensemble, les informations de cette étude devraient aider les clinicien·ne·s à prendre des décisions sur les meilleures options de prise en charge conservatrice et la nécessité d'une réorientation pour réaliser des examens supplémentaires, telles que l'imagerie médicale ou la prise en charge médicale, chez les patients présentant des douleurs au cou et au membre supérieur.

+RÉFÉRENCES

Sleijser-Koehorst M, Coppieters M, Epping R, Rooker S, Verhagen A & Scholten-Peeters G (2021) Diagnostic accuracy of patient interview items and clinical tests for cervical radiculopathy. Physiotherapy, 111, 74–82.

RÉFÉRENCES CITÉES

  1. Freynhagen R, Baron R, Gockel U, Tölle TR. painDETECT: a new screening questionnaire to identify neuropathic components in patients with back pain. Curr Med Res Opin 2006; 22(10): 1911-20.
  2. Thoomes EJ, van Geest S, van der Windt DA, et al. Value of physical tests in diagnosing cervical radiculopathy: a systematic review. Spine J 2018; 18(1): 179-89.
  3. Anekstein Y, Blecher R, Smorgick Y, Mirovsky Y. What is the best way to apply the Spurling test for cervical radiculopathy? Clin Orthop Relat Res 2012; 470(9): 2566-72.
  4. Jinright H, Kassoff N, Williams C, Hazle C. Spurling's test - inconsistencies in clinical practice. J Man Manip Ther 2021; 29(1): 23-32.
En collaboration avec l'Agence EBP
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