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Précision diagnostique des tests neurodynamiques des membres supérieurs dans le diagnostic de la radiculopathie cervicale

Une analyse de Dr Julia Treleaven info

POINTS CLÉS

  1. Si le patient a 3 tests sur 4 positifs aux tests neurodynamiques des membres supérieurs (ULNT), cela augmente la probabilité de radiculopathie cervicale (RC), mais ne l’exclut pas.
  2. En général, aucun test positif ne diminue significativement la probabilité de RC et n'arrive à l'exclure totalement.
  3. Les quatre tests (ULNT1, 2a, 2b et 3) doivent être évalués pour faciliter le diagnostic de RC.

CONTEXTE ET OBJECTIFS

Les tests neurodynamiques des membres supérieurs (Upper limb neurodynamic tests, ULNT) sont utilisés pour aider à diagnostiquer plusieurs affections neuropathiques. L’objectif de cette étude était de déterminer la précision des ULNT effectués par un kinésithérapeute pour diagnostiquer la radiculopathie cervicale (RC). Les auteurs visaient spécifiquement à déterminer si l’utilisation de définitions plus rigides d’un test positif pouvait améliorer la précision du diagnostic et si les résultats d’une combinaison de tests étaient meilleurs que les tests individuels.

Les tests neurodynamiques des membres supérieurs sont utilisés pour aider à diagnostiquer certaines affections neuropathiques.
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Cette étude souligne l'importance d'utiliser à la fois la reproduction de la douleur et la différenciation structurelle comme critères d'un ULNT positif pour le diagnostic différentiel de la radiculopathie cervicale.

MÉTHODE

85 patients souffrant d'une douleur au membre supérieur avec ou sans douleur au cou ont été inclus dans l’étude. 58 ont été diagnostiqués sans RC et 27 avec RC par un neurochirurgien expérimenté en fonction à la fois de la présentation du patient et des résultats d’IRM pertinents démontrant une compression ou une irritation de la racine nerveuse. Les patients ont ensuite été évalués par un kinésithérapeute qui a été mis en aveugle en ce qui concerne les antécédents et le diagnostic du patient.

Les ULNT pour le nerf médian (ULNT1 et 2a), radial (ULNT2b) et ulnaire (ULNT3) ont été effectués dans un ordre aléatoire avec 5 minutes de repos entre chaque test. Dans cet article, la définition d’un test positif correspondait à la fois à « la reproduction d’une plainte symptomatique familière de douleur au membre supérieur et/ou de douleur au cou même partielle (douleur ou dysesthésie, notamment une brûlure, une douleur en coup de tonnerre, ou une sensation de picotement), et la douleur a été modifiée avec une différenciation structurelle en utilisant des manœuvres sensibilisantes connues » (1).

RÉSULTATS

  • Il n'y avait aucune différence entre les groupes pour l'âge, le sexe, l'intensité de la douleur au cou, le handicap ou la durée. En moyenne, les patients présentaient une douleur et un handicap modérés.
  • Tous les tests étaient plus spécifiques (>72 %) [c'est-à-dire qu'un test négatif indique l'absence de RC] que sensible (<70 %) [c'est-à-dire qu'un test positif indique la présence d'une RC]. L'ULNT3 était le test le plus spécifique avec une spécificité de 93% et l'ULNT2b le plus sensible avec une sensibilité de 71%.
  • L'utilisation des résultats d'un test isolé pour inclure ou exclure la présence d'une RC n'était pas aussi utile que l'utilisation de la combinaison de tests.
  • Aucun test positif sur quatre ne peut exclure une RC avec une certitude de 96 %. En revanche, 3 tests positifs sur 4 peuvent permettre d'inclure dans le diagnostic la RC avec une certitude de 86 %. Cependant, il faut reconnaitre que seulement 12 patients sur 27 atteints de RC ont eu 3 des 4 tests positifs, donc moins de 3 sur 4 des tests ne devraient pas être utilisés pour exclure la RC.
  • Ces résultats étaient supérieurs à ceux des études précédemment rapportées, ce que les auteurs ont attribué aux critères rigides utilisés pour définir un test positif dans cette étude. Des études antérieures avaient utilisé la présence de douleur ou la différenciation structurelle (mais pas les deux critères), et n'avait pas trouvé les ULNT utiles pour inclure la RC dans le diagnostic (2).

LIMITES

Les auteurs suggèrent que la taille de l'échantillon aurait pu être plus grande. De plus, l'examinateur de l'étude avait 10 ans d'expérience et une certification avancée en évaluation orthopédique. Par conséquent, on ne sait pas si les résultats peuvent être généralisés à des cliniciens inexpérimentés qui effectuent les tests.

IMPLICATIONS CLINIQUES

Les résultats de cette étude soulignent l'importance d'utiliser à la fois la reproduction de la douleur et la différenciation structurelle comme critères d'un ULNT positif pour le diagnostic différentiel de la RC. Un article récent (que j'ai analysé dans le numéro de juin de Physio Network) a exploré la précision diagnostique des éléments d'entretien avec les patients et d'autres tests de RC. Dans cet article, il a été constaté que si la douleur au membre supérieur du patient est pire que sa douleur au cou ; si les symptômes sont augmentés lors du repassage et/ou diminués en marchant la main dans la poche ; s'il y a un test de Spurling positif et/ou la présence de réflexes diminués ; alors il y a une probabilité accrue de RC. De plus, la RC est moins probable si le patient ne présente pas de paresthésie ou d'engourdissement (3).

Dans l'ensemble, les informations provenant de ces deux études pourraient aider les cliniciens à prendre des décisions pour inclure ou exclure du diagnostic la RC, puis à décider des meilleures options de prise en charge conservatrice et de la nécessité de faire des examens complémentaires (imagerie) ou de réorienter pour une prise en charge médicale, chez les patients présentant des douleurs au cou et au membre supérieur.

Il est intéressant de noter qu'aucun évènement indésirable n'est survenu lors de la réalisation des tests cliniques ou de la norme de référence. Cependant, la méthode utilisée dans cette étude impliquait que la tête du patient soit positionnée sur le lit sans oreiller et que les quatre tests neurodynamiques soient effectués à 5 minutes d'intervalle pour limiter l'exacerbation de la douleur. Cela n'est peut-être pas faisable dans le cadre clinique et les cliniciens doivent faire preuve de prudence lorsqu'ils effectuent cette série de mesures, en particulier si le patient signale une douleur aigüe ou une irritabilité.

+RÉFÉRENCES

Grondin F, Cook C, Hall T, Maillard O, Perdrix Y & Freppel S (2021) Diagnostic accuracy of upper limb neurodynamic tests in the diagnosis of cervical radiculopathy. Musculoskeletal science & practice, 55, 102427.

RÉFÉRENCES CITÉES

  1. Nee RJ, Jull GA, Vicenzino B, Coppieters MW. The Validity of Upper-Limb Neurodynamic Tests for Detecting Peripheral Neuropathic Pain. J Orthop Sports Phys Ther 2012; 42(5): 413-24.
  2. Thoomes EJ, van Geest S, van der Windt DA, et al. Value of physical tests in diagnosing cervical radiculopathy: a systematic review. Spine J 2018; 18(1): 179-89.
  3. Sleijser-Koehorst MLS, Coppieters MW, Epping R, Rooker S, Verhagen AP, Scholten-Peeters GGM. Diagnostic accuracy of patient interview items and clinical tests for cervical radiculopathy. Physiotherapy 2021; 111: 74-82.
En collaboration avec l'Agence EBP
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