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"Mon kiné ne va pas me réparer ma déchirure du tendon" : processus de prise de décision du patient relatif à la chirurgie pour une douleur d'épaule liée à la coiffe des rotateurs

Une analyse de Andrew Cuff info

POINTS CLÉS

  1. Le nombre de chirurgies pour une douleur d'épaule liée à la coiffe des rotateurs (rotator cuff related shoulder pain, RCRSP) augmente malgré l'incertitude quant à son effectivité et son l'efficacité.
  2. Les soins personnalisés impliquent de donner des informations adéquates et exactes pour éclairer la prise de décision partagée.
  3. Le processus décisionnel qui sous-tend la décision d'un individu de procéder à une intervention chirurgicale est multifactoriel et inclut des facteurs internes et externes.

CONTEXTE ET OBJECTIFS

La douleur à l'épaule est la troisième localisation corporelle la plus courante dans la douleur musculosquelettique (MSK), affectant 1 personne sur 4 au cours de sa vie (1). La douleur d'épaule liée à la coiffe des rotateurs (rotator cuff related shoulder pain, RCRSP) est considérée comme la cause la plus fréquente de douleur d'épaule (2). La chirurgie de la RCRSP consiste souvent en deux procédures principales : soit une décompression sous-acromiale, soit une réparation du tendon de la coiffe des rotateurs. Il a été démontré que la chirurgie de décompression ne surpasse pas la chirurgie placebo dans l'amélioration de la douleur ou de la fonction jusqu'à 12 mois de suivi (3), tandis que chez ceux qui subissent une réparation tendineuse, la réparation n'a pas réussi dans 40 % des cas, mais sans compromettre la fonction à 2 ans.

Malgré cette incertitude autour de l'intervention chirurgicale, le nombre de chirurgies augmente à travers le monde. L'objectif de cette revue était d'explorer le processus de prise de décision chez les personnes qui ont subi une intervention chirurgicale pour une RCRSP.

La douleur à l'épaule est la troisième localisation corporelle la plus courante dans la douleur musculosquelettique, affectant 1 personne sur 4 au cours de sa vie.
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La décision de procéder à une chirurgie est souvent basée sur un modèle pathoanatomique dépasssé de la douleur d'épaule impliquant l'acromion, les déchirures et le pronostic.

MÉTHODE

Une enquête qualitative a été réalisée en utilisant des entretiens semi-directifs comme méthode de collecte de données. Chaque participant·e a subi une intervention chirurgicale pour une RCRSP au cours des 12 derniers mois. Les entretiens ont été structurés à l'aide d'un guide thématique élaboré par l'équipe de recherche.

Chaque entretien a duré jusqu'à 45 minutes et a été transcrit textuellement avant d'être analysé par thème. Le recrutement de l'étude était terminé lorsque la saturation des données était atteinte, c'est-à-dire lorsqu’aucun nouveau thème n'apparaissait lors des entretiens ultérieurs.

L'étude a impliqué un échantillon de 15 participant·e·s. La crédibilité des données obtenues a été renforcée grâce à l'utilisation de diverses méthodes, comme notamment la vérification par les personnes interrogées, la réflexivité et le débriefing par les pairs.

RÉSULTATS

Les entretiens ont révélé six thèmes qui sous-tendent le processus de prise de décision des personnes atteintes de RCRSP qui décident de se faire opérer :

  1. Le besoin de le faire - en raison de son impact sur la qualité de vie, la chirurgie a été considérée comme la seule option viable pour soulager l'inconfort.
  2. L'expérience d'un traitement non chirurgical - tous les participants ont eu recours initialement à un traitement non chirurgical qui a abouti à des résultats insatisfaisants du point de vue de la personne.
  3. Problème mécanique - la compréhension du problème a été encadrée et comprise dans une perspective biomédicale.
  4. Confiance envers les professionnels de santé - il y avait une immense confiance dans l'opinion du chirurgien sans remise en question critique ; tandis que l'opinion des professionnels de santé non chirurgicaux a été considérée de manière plus critique.
  5. Sources d'informations variées - les informations fournies par les professions de santé ont été appréciées pour éclairer la prise de décision ; la majorité avait également consulté Internet pour faciliter leur compréhension.
  6. Barrières organisationnelles - les coûts de la chirurgie et la prise en charge ou non par leur couverture santé ont également influencé la prise de décision.

LIMITES

Un point fort de cette enquête qualitative comprenait la triangulation de différentes méthodes pour accroitre la crédibilité et la rigueur des résultats. Cela comprenait la vérification par les personnes interrogées, la réflexivité et le débriefing par les pairs.

Une limite de cet article comprend cependant le manque de transparence concernant la vision théorique de l'équipe de recherche, c'est-à-dire leurs idées en termes d'ontologie, d'épistémologie et comment cela a influencé leur méthodologie.

IMPLICATIONS CLINIQUES

Les soins personnalisés et la prise de décision partagée sont au centre des soins en santé dits de bonne qualité. Cela implique de fournir des informations adéquates sur les risques et les avantages des options de traitement pour permettre une décision éclairée. Cette étude souligne leur importance dans le contexte de la chirurgie pour une RCRSP, en particulier compte tenu de l'incertitude sous-jacente autour de son efficacité.

Malgré l'incertitude au sein de la littérature publiée et de la communauté des soignants, cela ne semble pas être parvenu jusqu'au niveau du public, car cette étude a montré que l'opinion d'un chirurgien est souvent acceptée sans critique. La décision de procéder à la chirurgie est souvent basée sur un modèle pathoanatomique de la douleur de l'épaule dépassé impliquant l'acromion, les déchirures et le pronostic. Cela doit être pris en compte dans le contexte des résultats d'imagerie dans une population asymptomatique, ainsi que des preuves empiriques sur les traitements chirurgicaux.

Dans la pratique clinique, il faut veiller à ce que l'explication des symptômes corresponde à la compréhension contemporaine de la science de la douleur, de l'impact des facteurs métaboliques et des déterminants plus larges de la santé, comme les facteurs sociaux. Ceci est important afin de fournir une explication individualisée des raisons pour lesquelles une personne peut souffrir de douleur à l'épaule, les facteurs contributifs et, par la suite, les objectifs et la gestion personnalisée de ces facteurs.

Cela peut inclure ou non une intervention chirurgicale, mais lorsque cela est indiqué, la personne souffrant d'une douleur à l'épaule doit disposer d'informations adéquates et précises sur lesquelles baser sa décision.

+RÉFÉRENCES

Malliaras P, Rathi S, Burstein F, Watt L, Ridgway J, King C & Warren N (2021) ‘Physio’s not going to repair a torn tendon’: patient decision-making related to surgery for rotator cuff related shoulder pain. Disability and Rehabilitation. Online ahead of print.

RÉFÉRENCES CITÉES

  1. Ottenheijm RP, Joore MA, Walenkamp GH, et al (2011) The Maastricht Ultrasound Shoulder pain trial (MUST): ultra-sound imaging as a diagnostic triage tool to improve management of patients with non-chronic shoulder pain in primary care. BMC Musculoskelet Disord, 12:154.
  2. Van Der Windt DA, Thomas E, Pope DP, et al (2000) Occupational risk factors for shoulder pain: a systematic review. Occup Environ Med. 57(7), 433–442.
  3. Karjalainen TV, Jain NB, Page CM, et al (2019) Subacromial decompression surgery for rotator cuff disease. Cochrane Database Sys Rev.1(1):CD005619.
En collaboration avec l'Agence EBP
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