Débloquez nos 675 analyses de littérature dès maintenant En savoir plus

Peut-on vraiment affirmer que le renforcement musculaire réduit les douleurs aux tendons ? Aucune preuve ne permet actuellement de démontrer un lien entre l’évolution de la douleur ou de l’incapacité liée à la tendinopathie d’Achille et l’évolution de la structure ou de la fonction du triceps sural à l’issue de la rééducation : une revue systématique

Une analyse de Dr Teddy Willsey info

POINTS CLÉS

  1. On ignore si les protocoles d’exercices actuels pour la tendinopathie d’Achille améliorent la force ou la fonction musculaire.
  2. La recherche a invariablement montré que l’adaptation structurelle pendant la rééducation de la tendinopathie n’est pas nécessaire pour produire une amélioration de la douleur et de la fonction.
  3. L’amélioration des symptômes cliniques suite à la rééducation par l’exercice de la tendinopathie d’Achille de la portion moyenne est probablement due à une interaction complexe de facteurs comprenant des mécanismes bio-psychosociaux.

CONTEXTE ET OBJECTIFS

Le tendon d’Achille est le tendon le plus grand et le plus résistant du corps. Il est régulièrement soumis à des charges allant jusqu’à 6 à 12 fois le poids du corps. Le triceps sural et le tendon jouent un rôle important dans les mouvements athlétiques, la propulsion et la production rapide de force en stockant et en libérant de grandes quantités d’énergie. On considère que la tendinopathie d’Achille (TA) est associée à des déficits significatifs de production de force et de puissance (1).

Bien que les protocoles de remise en charge soient devenus le traitement standard de la TA, les mécanismes d’amélioration des symptômes cliniques de la TA sont mal compris. On estime que l’amélioration de la structure et de la fonction du triceps sural peut protéger le tendon d’Achille du stress, contribuant ainsi à l’amélioration des symptômes de la TA de la portion moyenne (2).

Les auteur·e·s de cet article ont cherché à répondre à deux questions :

  1. L’évolution de la structure/fonction musculaire est-elle liée à l’évolution de la douleur/incapacité liée au tendon d’Achille au cours de la rééducation par l’exercice ?

  2. Quelle est l’efficacité des protocoles de rééducation dans l’amélioration de la structure et de la fonction du triceps sural ?

On considère que la tendinopathie d’Achille (TA) est associée à des déficits significatifs de production de force et de puissance.
bulb
Bien que la méthode d’amélioration ne soit pas bien comprise, les protocoles d’application de charge restent un point d’entrée approprié pour la rééducation de la TA de la portion moyenne.

MÉTHODE

Les auteur·e·s ont réduit leur revue systématique à 17 études au total, représentant 25 cohortes totales avec 432 participant·e·s (âgé·e·s de 20 à 55 ans). Toutes les études ont fourni une mesure de la structure et de la fonction musculaires et étaient axées sur la TA de la portion moyenne. Les méthodes de mesure varient considérablement d’une étude à l’autre, allant de l’utilisation d’ultrasons pour mesurer la section transversale du muscle à l’utilisation de la dynamométrie ou de tests d’élévation du talon pour mesurer la performance. La grande hétérogénéité des études n’a pas permis aux auteur·e·s de réaliser une méta-analyse.

RÉSULTATS

Toutes les études ont fait état d’une amélioration significative, au sein du groupe, de la douleur ou de l’incapacité à la suite d’une rééducation par l’exercice. Aucune étude n’a fait état d’un lien entre l’évolution de la douleur et de l’incapacité et l’évolution de la structure et de la fonction musculaires à l’issue de la rééducation par l’exercice. Trois études ont mesuré la production de force de la flexion plantaire par dynamométrie isométrique. Six études ont utilisé la dynamométrie isocinétique, six études ont évalué la capacité de lever le talon, deux études ont évalué la capacité de saut et deux études ont utilisé les ultrasons pour évaluer la longueur du faisceau gastrocnémien, l’angle de pennation, la section transversale et l’élasticité du tissu du tendon d’Achille.

Les résultats de la revue ne permettent pas d’établir un lien solide entre les améliorations de la structure/fonction musculaire et la douleur/incapacité liée au tendon, étant donné qu’aucune étude ne s’est penchée sur ce critère de jugement.

LIMITES

Cette revue systématique est limitée par la non disponibilité de données issues d’essais achevés, la grande hétérogénéité des études relatives à la TA, la faible qualité des essais inclus et l’influence potentielle d’une erreur de mesure. Toutes les cohortes présentaient une taille d’échantillon inférieure ou égale à 50 et un risque élevé de biais lié aux petites études. Malgré leur classement dans la hiérarchie des preuves, toutes les revues systématiques sont intrinsèquement limitées par la qualité des études dont elles disposent.

IMPLICATIONS CLINIQUES

Le processus de perception de la douleur est largement contrôlé par un traitement cérébral supérieur et peut, par conséquent, rapidement évoluer. Il a été démontré que la douleur diminue de manière significative après une seule application de charge isométrique. Dans les cas de douleur persistante, il a été démontré que l’effet analgésique de la charge diminuait avec le temps. L’effet est maximal à 12 semaines et diminue entre trois et six mois après le début du traitement (3).

Bien que la méthode d’amélioration ne soit pas bien comprise, les protocoles d’application de charge restent un point d’entrée approprié pour la rééducation de la TA de la portion moyenne (4). La question de savoir si c’est l’acte de renforcement en lui-même ou l’amélioration de la force qui améliore la douleur reste toutefois sans réponse.

Bon nombre des essais actuellement référencés pour l’application de charge dans le cadre de la TA sont insuffisamment puissants, ne sont pas bien documentés et présentent un sous-dosage de prescription des exercices. Une revue systématique de 2019 comprenant sept études sur la TA de la portion moyenne a montré que l’entraînement excentrique intensif du mollet était plus efficace que la kinésithérapie traditionnelle, sans toutefois parvenir à démontrer que ce dernier était plus efficace que d’autres interventions d’exercices alternatifs (5). De plus, un essai récent de 12 semaines n’a pas permis de distinguer les différences de critères de jugement entre l’ajout d’orthèses d’élévation du talon et un protocole d’exercices excentriques (6).

Les résultats de cette étude ne doivent pas dissuader les clinicien·ne·s d’utiliser un protocole de renforcement musculaire. Il a été démontré que les individus présentaient des déficits de force pendant plus d’un an après la résolution de la TA symptomatique, ce qui souligne l’importance de centrer l’intégralité du processus de rééducation sur la force (7). Le domaine de la recherche sur les performances fonctionnelles et les adaptations structurelles au cours de la rééducation des tendinopathies en est encore à ses prémices. De futures études sont nécessaires pour mieux comprendre la capacité des adaptations de renforcement en présence d’une tendinopathie.

+RÉFÉRENCES

Murphy M, Travers M, Chivers P, Debenham J, Docking S, Rio E, Gibson W, Ardern C (2023) Can we really say getting stronger makes your tendon feel better? No current evidence of a relationship between change in Achilles tendinopathy pain or disability and changes in Triceps Surae structure or function when completing rehabilitation: A systematic review. Journal of science and medicine in sport. Published online ahead of print.

RÉFÉRENCES CITÉES

  1. Alfredson H, Pietila T, Jonsson P, Lorentzon R. (1998). Heavy-load eccentric calf muscle training for the treatment of chronic Achilles tendinosis. Am J Sports Med.
  2. O'Neill, S., Watson, P. J., & Barry, S. (2015). Why are eccentric exercises effective for achilles tendinopathy? International journal of sports physical therapy.
  3. Stevens, M., & Tan, C. W. (2014). Effectiveness of the Alfredson protocol compared with a lower repetition-volume protocol for midportion Achilles tendinopathy: a randomized controlled trial. The Journal of orthopaedic and sports physical therapy.
  4. Murphy Myles, Travers Mervyn, et al. (2018) Rate of Improvement of Pain and Function in Mid-Portion Achilles Tendinopathy with Loading Protocols: A Systematic Review and Longitudinal Meta-Analysis. Sports Med.
  5. Murphy, M. C., Travers, M. J., Chivers, P., Debenham, J. R., Docking, S. I., Rio, E. K., & Gibson, W. (2019). Efficacy of heavy eccentric calf training for treating mid-portion Achilles tendinopathy: a systematic review and meta-analysis. British journal of sports medicine.
  6. Rabusin, C. L., Menz, H. B., McClelland, J. A., Evans, A. M., Malliaras, P., Docking, S. I., Landorf, K. B., Gerrard, J. M., & Munteanu, S. E. (2021). Efficacy of heel lifts versus calf muscle eccentric exercise for mid-portion Achilles tendinopathy (HEALTHY): a randomised trial. British journal of sports medicine.
  7. McAuliffe S, Tabuena A, McCreesh K, O'Keefe M, Hurley M, Comyns T, Purtill H, O'Neill S, O'Sullivan K. (2019) Altered Strength Profile in Achilles Tendinopathy: A Systematic Review and Meta-Analysis. Journal of Athletic Training
En collaboration avec l'Agence EBP
Agence EBP Logo