De la recherche à la pratique : accompagner la guérison après un coup du lapin

7 mins de lecture. Posté dans Cou
Un article de Ashish Dev Gera info

Personne ne parle de la difficulté de voir sa vie mise en pause par un événement dont on se souvient à peine… alors parlons-en.

Trois mois après un accident de la route, Avantika est entrée dans mon cabinet avec une raideur qui allait bien au-delà de son cou. À 43 ans, c’était une mère active, une femme qui travaillait beaucoup, une marcheuse matinale assidue, une yogi occasionnelle, et quelqu’un qui s’était toujours définie comme « indépendante et solide ».

Mais cette blessure ? Elle la mettait à l’épreuve d’une manière totalement nouvelle.

Le contexte clinique : une histoire que vous reconnaîtrez

Avantika rentrait chez elle un soir pluvieux lorsqu’une moto a glissé devant sa voiture. Elle a freiné brusquement ; la voiture derrière elle ne l’a pas fait. Le coup du lapin s’est produit en quelques secondes, mais les symptômes se sont installés sur plusieurs jours.

Aujourd’hui, trois mois plus tard, elle se plaint de :

  • De douleurs cervicales persistantes,
  • De céphalées irradiant depuis la base du crâne,
  • De tensions au niveau des épaules,
  • D’un sommeil de mauvaise qualité,
  • D’une peur croissante de conduire.

Elle avait suivi les premières étapes classiques : antalgiques, repos, et une consultation orthopédique décourageante où on lui avait dit que « ça prenait du temps ». Mais le temps n’arrangeait rien. Les tâches fonctionnelles, telles que les réunions prolongées, la lecture ou les tâches ménagères l’épuisaient. Et il n’y avait pas seulement la douleur. Il y avait surtout l’incertitude.

 

Évaluation subjective : un puzzle à plusieurs niveaux

Avantika décrivait sa douleur comme un mélange de raideur, de « fatigue profonde dans le cou », et de douleurs aiguës intermittentes lors des rotations. Elle rapportait également des difficultés de concentration, de l’anxiété au volant, et des épisodes d’augmentation du rythme cardiaque lorsqu’elle conduisait.

Ces symptômes suggéraient quelque chose qui dépassait la simple atteinte tissulaire, ce que la littérature décrit comme un trouble associé au coup du lapin (Whiplash Associated Disorder – WAD) de grade II/III, où les facteurs sensoriels, moteurs et psychologiques interagissent.

Elle niait la présence de signes d’alarme tels que :

  • Des céphalées soudaines et sévères,
  • Des troubles visuels,
  • Des chutes inexpliquées,
  • Un engourdissement ou une faiblesse des membres,
  • Une perte de poids inexpliquée,
  • Des sueurs nocturnes.

Cela permettait d’écarter une pathologie grave (comme une dysfonction artérielle cervicale), mais son récit évoquait une sensibilisation centrale et une détresse psychologique, toutes deux fréquentes dans les WAD persistants.

Sa plus grande crainte ? « Et si c’était ma nouvelle normalité ? »

 

Évaluation objective : ce que le corps nous a révélé

L’examen clinique dressait un tableau familier :

  • Diminution des amplitudes cervicales (notamment en rotation et en extension),
  • Test de flexion-rotation cervicale douloureux,
  • Faible endurance des fléchisseurs cervicaux profonds,
  • Sursollicitation des trapèzes supérieurs et des sternocléidomastoïdiens,
  • Sensibilité localisée autour de C2-C4,
  • Altération du sens kinesthésique, mouvements plus lents et protégés,
  • Légère sensation de vertige lors des rotations de tête,
  • Retard léger d’activation musculaire lors de l’élévation du bras.

Sa posture n’était pas le problème, mais son mécanisme de protection excessive, oui.

Les diagnostics différentiels explorés comprenaient : commotion cérébrale, dysfonction vestibulaire, radiculopathie cervicale, atteinte de l’articulation temporo-mandibulaire, et syndrome du défilé thoracique.

Il s’agissait ici d’un WAD persistant typique, avec néanmoins un bon pronostic, surtout avec une prise en charge guidée par les données probantes.

 

Quand la recherche façonne le plan de rééducation

Trois revues de littérature de Physio Network ont joué un rôle majeur dans la structuration de la prise en charge d’Avantika. Chacune apportait un angle différent : le contrôle sensori-moteur, les interventions psychologiques, et la rééducation multimodale.

Parcourons-les ensemble.

1. Thérapie par l’exercice dans les troubles associés au coup du lapin – Dr Julia Treleaven

Cette revue rappelait que le WAD persistant n’est pas « juste un cou bloqué ». Il s’agit d’un trouble du système nerveux, et pas uniquement d’un problème tissulaire. Elle soulignait l’importance d’une prise en charge individualisée : le WAD ne suit pas un parcours unique, et la prescription d’exercices doit s’adapter à la personne en face de nous.

Cela a constitué la base de la phase 1 de sa rééducation (voir Tableau 1). La recherche m’a permis d’expliquer avec assurance que ses étourdissements, sa maladresse et ses délais de réaction étaient normaux, attendus et traitables. Pour Avantika, cette compréhension à elle seule a fortement réduit sa peur.

2. Efficacité des interventions psychologiques dans les douleurs cervicales – Dr Sandy Hilton

Cette revue montrait que l’éducation basée sur la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), la réassurance et le développement du sentiment d’auto-efficacité soutiennent significativement la récupération dans les WAD persistants.

Compte tenu de l’anxiété d’Avantika, j’ai intégré :

  • Une éducation en neurosciences de la douleur : passer d’une vision de « lésion » à celle de « sensibilité »,
  • Une exposition graduée à la conduite : commencer dans une voiture à l’arrêt, puis de courts trajets, jusqu’à la circulation aux heures de pointe,
  • Un soutien de son sentiment d’auto-efficacité : avec des micro-victoires, comme maintenir une posture cervicale neutre pendant 10 secondes ou terminer un appel Zoom sans majoration de la douleur.

Elle consignait toutes ses réussites. Les patientes comme Avantika sous-estiment souvent leurs progrès, et le fait de les noter s’est révélé transformateur.

Je lui ai également proposé une orientation vers un clinicien formé à la TCC si elle souhaitait un accompagnement psychologique plus formel.

3. Douleur cervicale traumatique – Dr Xiaoqi Chen

Cette revue apportait des directives claires pour une rééducation multimodale du WAD :

  • Thérapie manuelle (progressive, non agressive),
  • Thérapie par l’exercice,
  • Prise en compte psychologique,
  • Éducation du patient,
  • Entraînement vestibulaire et sensori-moteur.

Elle insistait également sur l’importance d’éviter les traitements passifs prolongés et de privilégier une rééducation active. Cela a guidé toute la structure du programme d’Avantika.

 

Transformer la recherche en pratique : la chronologie de la rééducation

Bien qu’elle fût à trois mois de l’accident, nous étions encore dans une phase « précoce » de la rééducation pour son système nerveux. Voir le Tableau 1 pour les trois phases de rééducation fondées sur la recherche que nous avons suivies.

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Et les résultats ?

À la semaine 4, elle présentait :

  • Une meilleure précision des rotations de tête,
  • Une diminution des vertiges,
  • Un sommeil amélioré,
  • La capacité de réaliser de courts trajets en voiture sans panique.

À la semaine 10, elle pouvait :

  • Rester assise pendant une réunion de 90 minutes,
  • Conduire confortablement pendant 20 à 30 minutes,
  • Maintenir l’endurance des fléchisseurs cervicaux profonds pendant plus de 30 secondes.

À la semaine 16, elle était rétablie à 80-90 % et avait repris une vie normale – confiante, avec peu de douleur, et pleinement fonctionnelle.

 

Conclusion

Le coup du lapin ne concerne pas seulement le cou. Il touche à la fois la physiologie, la psychologie et l’identité, toutes ébranlées en même temps.

Avantika m’a rappelé que :

  • Les patients ne craignent pas la douleur, mais ce que la douleur signifie,
  • La récupération est plus rapide lorsque l’on traite le système nerveux, pas seulement les muscles,
  • Les preuves scientifiques ne sont pas optionnelles : elles constituent l’échafaudage de la confiance clinique,
  • Les patients récupèrent mieux lorsqu’ils se sentent écoutés, en contrôle, et accompagnés plutôt que sur la défensive.

Sa dernière phrase a été :

« J’aurais aimé que quelqu’un me dise que ce n’était pas de ma faute, et que je n’étais pas cassée. »

C’est pour cela que nous faisons ce métier.

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