5 méthodes pour prendre en charge l’arthrose

11 mins de lecture. Posté dans Douleur
Un article de Luke Murray info

L’arthrose touche plus de 250 millions de personnes dans le monde et c’est l’une des causes principales d’invalidité. Les articulations les plus fréquemment touchées sont le genou et la hanche. Les facteurs de risque pour le développement de l’arthrose comprennent les antécédents de traumatismes articulaires, l’obésité, un âge avancé et le sexe féminin. Les dépenses élevées associées à l’arthrose soulignent l’importance d’avoir des traitements efficaces pour les patients. Le but de ce blog est de présenter 5 méthodes pour vous aider, vous, ainsi que vos patients atteints d’arthrose.

 

  1. Courir un marathon

Je sais ce que vous vous dites : « Luke, s’entraîner pour un marathon ? Tu es sérieux ? ». J’imagine bien que tous vos patients atteints d’arthrose ne courront pas le marathon de Londres l’été prochain : ce que je veux dire c’est que, de manière générale, la course à pied n’a pas besoin d’être mise de côté.

Dans les revues de littérature de physionetwork, Tom Goom a rédigé une revue en 2018 dans laquelle il a inclus une étude où les auteurs se sont penchés sur les effets du marathon sur l’arthrose du genou. 1200 participants ayant un diagnostic de gonarthrose ont été répartis en deux groupes, les coureurs et les non-coureurs. Ils ont été suivis sur une période de 10 ans. Les participants remplissaient les critères « coureur » s’ils couraient régulièrement pendant une durée approximative de 20 minutes à chaque fois. Les résultats ont montré qu’il n’y avait pas eu d’aggravation subjective ni radiologique concernant l’arthrose du genou. Les coureurs ont même signalé une amélioration de leur douleur au genou, comparativement aux non-coureurs.

Il s’agit d’une étude incroyablement utile pour rassurer les patients diagnostiqués avec de l’arthrose qui sont désireux de courir. Nous pouvons aider les patients en leur conseillant de continuer la course à pied sans craindre d’endommager leurs genoux ; cela pourrait même être bénéfique pour leur douleur.

Dans une autre étude ayant été incluse dans un article rédigé par Sandy Hilton, faisant partie des revues de littérature de physionetwork, 115 coureurs ont réalisé une IRM de leurs genoux avant et après le marathon de Londres en 2017. Les résultats n’ont montré aucun changement significatif concernant les blessures ou les problèmes aux genoux rapportés par les patients ; ils ont aussi montré une amélioration quant à l’œdème de la moelle osseuse sous-chondrale.

Cependant, il y avait d’autres résultats mis en évidence à l’IRM qui n’avaient pas de corrélation avec les symptômes subjectifs.

 

  1. Exercices de renforcement

La gonarthrose est associée à une faiblesse des muscles de la cuisse et les exercices de renforcement sont couramment utilisés pour améliorer la force et réduire la douleur. Cependant, nous ne connaissons pas l’intensité nécessaire pour le renforcement dans le cadre de la rééducation pour de l’arthrose. L’essai contrôlé randomisé START, abordé dans cette revue de littérature rédigée par Todd Hargrove, visait à déterminer si le renforcement à haute intensité réduisait plus la douleur de genou et les forces de compression articulaire que le renforcement à faible intensité.

L’étude comprenait 377 adultes souffrant de douleurs au genou et possédant des preuves radiographiques d’arthrose ; elle a inclus leur déclaration auto-rapportée concernant leur degré d’invalidité. Les participants ont été répartis en trois groupes : un groupe témoin, un groupe recevant des exercices de faible intensité et un autre recevant des exercices de haute intensité. Ils ont réalisé 3 séances par semaine pendant 18 mois incluant des exercices variés : exercices unilatéraux ciblant le bas du corps, exercices du haut du corps ainsi que le tronc. Le groupe « haute intensité » a réalisé un bloc d’exercices à 75% de la 1RM et a progressé jusqu’à 90% de la 1RM sur une période de 9 semaines, suivi par une phase de décharge et un second bloc. La nouvelle 1RM a été calculée pour le second bloc, progressant de 75% à 90% durant la seconde période de 9 semaines.

Le groupe « faible intensité » a suivi le même schéma, mais en partant de 30% jusqu’à 40% de la 1RM. Le troisième groupe était un groupe « témoin d’attention », comprenant des interactions sociales et de l’éducation relative à la nutrition, à la médication et au sommeil.

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Vous serez sans doute surpris d’apprendre qu’après 18 mois, il n’y avait aucune différence significative entre les groupes. D’autres données probantes soutiennent le recours aux exercices de renforcement à différents niveaux d’intensité et à des programmes de durées variables de 6 à 24 semaines, afin d’améliorer la douleur et la fonction. Cependant, la recherche ne soutient pas l’idée selon laquelle augmenter la force diminuerait la douleur. Cela signifie-t-il que vous ne devriez pas intégrer des exercices de renforcement dans le traitement des patients ayant de l’arthrose ? Pas vraiment.

Plutôt que de voir cela comme le fait que « rien ne marche », nous pourrions davantage y voir une possibilité d’adapter la variété des options thérapeutiques aux préférences du patient. Comme cela a été mis en évidence dans cette revue de littérature, l’ingrédient clé de toute intervention pourrait être l’adhérence à un programme avec guidance, plutôt que des détails spécifiques relatifs au programme. Par conséquent, si une personne veut entamer un programme d’exercices de renforcement, cela pourrait constituer une bonne option, mais il se peut que cela ne soit pas toujours essentiel pour tous les patients avec une gonarthrose.

 

  1. Exercices neuromusculaires

Les exercices peuvent avoir un effet analgésique à court et long terme pour les patients ayant une gonarthrose. Cependant, nous ne savons pas précisément quel type d’exercice affecte la sensibilisation et l’intensité douloureuse. Dans cette revue de littérature, Todd Hargrove a exploré une étude dans laquelle les auteurs ont examiné les effets d’exercices neuromusculaires associés à de l’éducation, avec ou sans exercices de renforcement, sur la sensibilisation et l’intensité douloureuse chez des patients ayant une gonarthrose.

L’étude a inclus 90 personnes ayant une gonarthrose et les a randomisées en 2 groupes. Le groupe 1 a réalisé des exercices neuromusculaires associés à de l’éducation. Le groupe 2 a réalisé des exercices neuromusculaires associés à de l’éducation, ainsi que des exercices de renforcement. Les deux groupes ont réalisé leurs programmes d’exercices 2 fois par semaine pendant 12 semaines.

Les résultats ont indiqué que le groupe sans renforcement a eu plus d’amélioration concernant la douleur du genou au repos et durant la fonction. Les auteurs ont conclu que les exercices neuromusculaires associés à de l’éducation, avec ou sans exercices additionnels de renforcement, constituent une puissante thérapie pour les patients avec une gonarthrose. Cependant, les patients du groupe avec renforcement ont eu plus d’amélioration concernant le seuil de douleur à la pression et le seuil de tolérance à la douleur.

Il est intéressant de se demander pourquoi le groupe avec l’intensité plus élevée (c.-à-d. le groupe avec renforcement) n’a pas été autant soulagé comparativement au groupe avec l’intensité faible (c.-à-d. le groupe avec exercices neuromusculaires). Une des raisons potentielles serait un dosage inapproprié des exercices de renforcement. Cela met en évidence l’importance d’avoir une prescription ainsi qu’une planification appropriée des exercices pour les personnes ayant de l’arthrose, tout en prenant en compte leurs expériences antérieures relatives aux exercices de renforcement.

Pour plus d’informations sur la méthode et les limites liées à cette étude, vous pouvez trouver la revue ici.

 

  1. Plasma Riche en Plaquettes (PRP)

Le plasma riche en plaquettes (PRP) est un produit sanguin autologue contenant des taux élevés de facteurs de croissance et de cytokines, pouvant altérer les processus biologiques impliqués dans la pathogenèse de l’arthrose. Comme cela a été abordé par Anthony Teoli dans cette revue de littérature, les PRP sont toujours utilisés cliniquement, malgré le fait que les recommandations de bonnes pratiques sur l’arthrose conseillent de ne pas les utiliser, en raison de preuves de faibles qualités. L’objectif de l’étude incluse dans la revue de littérature était d’évaluer l’efficacité des injections intra-articulaires de PRP sur les symptômes et la structure articulaire chez les patients ayant une gonarthrose.

Cette étude a inclus 288 participants avec une gonarthrose, randomisés en 2 groupes. Un groupe a reçu 3 injections de PRP et le second groupe a reçu des injections salines constituant le placebo. Les résultats suggèrent qu’il n’y avait aucune différence entre les groupes concernant la douleur au genou ou le volume du cartilage tibial médial à 12 mois. Il est intéressant de noter que les deux groupes ont rapporté une amélioration de leur douleur, mais la différence n’était pas statistiquement significative. Cette étude ne soutient pas l’utilisation des PRP pour ralentir la progression de la maladie.

Cependant, cette étude en contredit une autre ayant montré un bénéfice à recourir aux PRP pour la gonarthrose à 6 mois. Cette étude comprenait de multiples limites, il est donc difficile de recommander l’utilisation des PRP. Je vous conseille fortement de jeter un œil à cette revue de littérature pour plus d’informations sur ces études.

 

  1. Éducation

Il est indéniable aujourd’hui que les exercices sont vitaux pour les personnes ayant de l’arthrose. De même, l’éducation constitue une composante essentielle du traitement de base lors de la rééducation de patients présentant de l’arthrose. Anthony Teoli a inclus un article de masterclass dans sa revue de littérature, présentant les traitements clés et les implications pour la kinésithérapie concernant la gonarthrose. L’objectif de cet article était de mettre en évidence les options thérapeutiques les plus efficaces rapportées par des auteurs considérés comme experts dans ce domaine.

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Bien que ces articles puissent être sujets à des biais dus à l’absence d’une stratégie de recherche systématique ou aux critères d’inclusion et d’exclusion, plusieurs composantes du traitement de la gonarthrose ont été mises en évidence. Cela incluait les exercices, la perte de poids, l’éducation et les stratégies d’auto-rééducation. Il a été démontré que ces facteurs réduisaient la douleur et amélioraient la fonction et la qualité de vie.

Les implications cliniques de cet article devraient être adaptées aux besoins spécifiques de chaque individu. Par conséquent, certains éléments éducatifs pourraient ne pas être pertinents pour tous, sachant que les patients peuvent ne pas avoir le même niveau de compréhension de ce qu’est l’arthrose. Cependant, la liste suivante peut être utilisée comme un guide pour l’éducation :

  • Définir l’arthrose (en des termes simples, incluant aussi le pronostic)
  • Identifier et aborder les croyances et perceptions des patients concernant l’arthrose
  • Discuter de l’importance des interventions liées au mode de vie comme la perte de poids (si nécessaire), l’activité physique régulière, la nutrition, le sommeil et la prise en charge du stress
  • Éduquer sur les phases d’exacerbation de la douleur
  • Expliquer la gestion de la charge et le dosage des exercices / activités physiques
  • Gérer les attentes, réassurer et motiver

Cet article ne s’est pas juste focalisé sur l’éducation, et pour en apprendre plus sur les autres composantes devant faire partie de la première ligne de traitement de l’arthrose (et quelles modalités de traitement passif vous pourriez avoir envie d’éviter), jetez un œil à la revue de littérature ici.

 

Pour résumer

Ce blog présente 5 méthodes pour prendre en charge l’arthrose. Cela n’est en aucun cas une liste exhaustive. Si vous souhaitez plus d’informations sur ces études et en apprendre davantage, suivez les liens ci-dessus pour accéder aux revues de littérature.

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