Rééducation des lésions musculaires du mollet : De la recherche à la pratique

12 mins de lecture. Posté dans Jambe
Un article de Ashish Dev Gera info

Vous est-il déjà arrivé de voir vos mollets s’emballer, vous faisant boiter et vous amenant à vous demander ce qui a bien pu se passer ? Lorsqu’il s’agit de lésions musculaires des membres inférieurs, les déchirures du mollet sont souvent reléguées au second plan par rapport aux blessures des ischio-jambiers et des quadriceps, dont on parle plus souvent. Pourtant, les lésions musculaires du mollet sont très courantes dans divers sports, en particulier dans les sports de course et de balle, mais elles ne reçoivent pas toujours l’attention nécessaire en termes de compréhension et de prise en charge. Il est essentiel de comprendre l’importance d’une rééducation adéquate pour permettre aux athlètes de reprendre leur sport en toute sécurité (et de le poursuivre !). Les athlètes et les kinésithérapeutes doivent être conscients des signes et des symptômes des lésions musculaires du mollet, ainsi que de l’importance de se tenir au courant des recherches pour une rééducation efficace. En mettant la lumière sur cet aspect souvent négligé des blessures sportives, nous pouvons mieux équiper les individus pour prévenir, gérer et récupérer des lésions musculaires du mollet avec succès.

Préparez-vous à percer le mystère, car nous allons plonger dans l’univers des lésions musculaires du mollet ! Quel est le rôle de la recherche dans l’élimination de cet obstacle douloureux ? Découvrons-le ensemble ! Dans ce blog, je vais vous expliquer comment les revues de littérature de Physio Network m’ont aidé à rééduquer avec succès mon patient coureur pour qu’il reprenne le sport.

Grâce à nos revues de recherche, vous avez accès à des résumés d’experts des articles les plus récents et les plus pertinents d’un point de vue clinique, ce qui vous permet de vous tenir facilement au courant et de devenir plus confiant et plus efficace dans votre pratique clinique. Pour en savoir plus, cliquez ICI.

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Le cas

Le patient, M. J.D., est un homme de 28 ans, coureur passionné, qui se prépare pour un marathon. Il s’est plaint d’une douleur aiguë au mollet droit lors d’une séance d’entraînement fractionné. Il a décrit une apparition soudaine de la douleur lors d’un sprint, accompagnée d’une sensation de claquement dans le mollet. Il n’y a pas d’antécédents de traumatisme direct ou de blessures antérieures au mollet. Cependant, il se plaignait de douleurs et d’une tension progressivement croissante dans les mollets après ses courses depuis un mois. Il a également mentionné une augmentation récente de l’intensité de son entraînement jusqu’à l’incident. Il y a un an, il s’est fait une entorse de la cheville droite en jouant au basket-ball. M. J.D. a fait état de difficultés à supporter le poids de la jambe affectée et s’est inquiété de sa capacité à participer au marathon à venir. Une anamnèse subjective détaillée a été réalisée concernant les charges d’entraînement, les facteurs liés au mode de vie et la compréhension des croyances du patient.

À l’examen, M. J.D. présente une sensibilité, une coloration anormale et un gonflement dans la région du mollet droit, localisés au niveau du muscle gastrocnémien. La flexion plantaire et la flexion dorsale actives de la cheville provoquent des douleurs, en particulier la flexion plantaire contre résistance. Il y avait une diminution notable de la force lors du lever du talon et M. J.D. boitait en marchant. Aucune anomalie palpable n’a été détectée dans les muscles du mollet droit. L’amplitude active des mouvements de la cheville droite était inférieure à celle de la cheville gauche, et l’amplitude passive des mouvements était également limitée. L’imagerie par résonance magnétique (IRM) n’a pas été réalisée, le patient ayant choisi de ne pas y avoir recours et était satisfait de l’évaluation et du diagnostic.

Le processus de diagnostic m’a été facilité par ce brillant article de Tom Goom pour Physio Network. Compte tenu du mécanisme de la blessure et des résultats cliniques, une lésion musculaire du mollet, impliquant en particulier le muscle gastrocnémien, était la principale hypothèse diagnostique. La rupture du tendon d’Achille a été exclue en raison de la force de flexion plantaire de la cheville intacte et du test de Thompson négatif. Les affections neurales et les syndromes de piégeage ont été écartés. Les drapeaux rouges tels que la thrombose veineuse profonde (TVP), les troubles de la claudication et les sarcomes osseux ont été écartés.

Le principal critère de jugement pour suivre les progrès de M. J.D. était l’échelle visuelle analogique (EVA) de la douleur, qui évaluait l’intensité de la douleur ressentie lors d’activités fonctionnelles telles que la marche, la course et le saut. En outre, l’échelle fonctionnelle des membres inférieurs (ÉFMI) a été utilisée pour évaluer les limitations fonctionnelles de M. J.D. et suivre les changements dans sa capacité à effectuer des activités de la vie quotidienne et des tâches liées au sport.

Pour évaluer la souffrance psychologique et la frustration dues à l’interruption soudaine de son programme d’entraînement et de compétition, l’échelle de kinésiophobie de Tampa a été utilisée. Il était essentiel de répondre aux préoccupations du patient concernant l’impact de la blessure sur ses performances et ses objectifs de course pour maintenir sa motivation et son adhésion au programme de rééducation.

Évaluation de la capacité fonctionnelle et pronostic

Le test d’élévation du talon en position debout (Standing Heel Rise test) a été réalisé pour vérifier la capacité de charge des muscles du mollet lorsque le patient en était capable (une semaine après la visite initiale). Il a pu effectuer 34 répétitions sur le côté non atteint avec une bonne forme, contre 23 sur le côté droit. Le plan de rééducation a été lancé et un délai de 6 à 12 semaines a été donné au patient pour reprendre la course à pied.

 

Rééducation et retour au jeu

La revue de Tom Goom prépare le terrain pour une rééducation réussie et optimale en explorant les six phases du processus :

1- Phase de remise en charge précoce

L’accent a été mis sur l’apaisement de l’irritation et de la douleur initiales, mais pas sur le repos complet. Des exercices isométriques ont été utilisés dans une amplitude limitée, avec des répétitions et des charges plus faibles. Le taping a été utilisé en complément et une aide à la marche a été prescrite pour éviter une charge excessive à ce stade.

2- Phase de renforcement avec charge

Le renforcement a progressé après la première semaine en augmentant l’amplitude et en ciblant principalement le soléaire. La revue de Tom m’a donné confiance dans le raisonnement clinique qui sous-tend la mise en charge précoce du mollet et la mise en place des bases d’une rééducation réussie. Cela a permis d’éviter le déconditionnement et de lutter contre les croyances d’évitement de la douleur. La mise en charge en amplitude complète et le réentraînement des mouvements a commencé dès que la douleur s’est estompée. Certains exercices et leurs variantes ont été utilisés au cours de cette phase : élévation des talons à deux jambes (3 séries de 12), puis élévation du talon à une jambe en position debout (3 séries de 12), gainage en chaise avec élévation du talon (3 séries de 20 secondes) et marche sur la pointe des pieds (3 séries de 15 secondes). La progression de ces exercices s’est faite par l’ajout de poids, la modification du rythme, l’adaptation des amplitudes et le passage à un travail unilatéral. Le patient s’est tenu aux exercices à domicile et a été régulier dans ses rendez-vous de kinésithérapie, à raison de deux fois par semaine au début de la phase douloureuse, et de trois fois par semaine au cours des phases suivantes.

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3- Phase de pliométrie

Comme indiqué dans la revue de Tom, la pliométrie a été ajoutée au programme sous la forme de pogo jumps (sauts verticaux avec peu de temps de contact au sol, 3×15 secondes, progressant jusqu’à 3x1min sans douleur) et de sauts vers l’avant à deux jambes progressant jusqu’à des sauts à une jambe (3 séries de 8). Le patient étant familiarisé avec la corde à sauter, deux minutes de corde à sauter sans douleur ont été réalisées.

4- Préparation à la course

Des exercices comme la marche athlétique, les escaliers et les fentes ont été ajoutés pour préparer le patient aux exigences de la course, tout en surveillant les symptômes et en évaluant les progrès. La progression des exercices de renforcement s’est poursuivie par l’ajout de poids et l’introduction d’un entraînement à charge lourde et lente afin d’améliorer la résistance et la capacité des mollets. Le programme de renforcement des mollets du patient comprenait des élévations excentriques des talons sur deux jambes sur un step avec des poids (1,5 fois le poids du corps ; 4 séries de 8), de la presse en isométrique sur deux puis une jambe (1,5 fois le poids du corps ; 4 séries de 20 secondes), de la marche sur les pointes de pied avec des poids et des exercices de pliométrie complexes pour développer davantage de puissance.

La réévaluation de la capacité de charge de la musculature du mollet a été réalisée en effectuant des élévations du talon d’une seule jambe, sans douleur, avec des poids égaux à 0,4 fois le poids corporel du patient, pendant 3 séries de 10.

5- Phase de retour à la course à pied

La réponse à l’entraînement spécifique à la course à pied a été notée et la reprise de l’entraînement a été mise en œuvre en fonction de la réponse du patient, conformément à la revue de Tom. Cette étape comprend également une discussion approfondie et l’éducation du patient concernant tous les risques liés à une reprise trop précoce de la course à pied. Le pronostic a été établi en fonction de la gravité de la blessure et des délais réalistes ont été fixés. La phase de reprise de la course à pied n’a commencé qu’après l’absence de réactions indésirables à l’une ou l’autre des activités précédentes ; par exemple, les sauts à une jambe étaient indolores et il n’y avait pas d’augmentation de la sensation de tension dans les muscles du mollet. Au début, pendant les trois premières semaines, un programme de marche et de jogging a été mis en œuvre, en réduisant lentement la durée de la marche et en l’arrêtant progressivement à la dixième semaine. Une fois que le patient a été capable de courir en continu sans douleur, on a veillé à augmenter la distance et la capacité avant d’introduire des exercices de vitesse explosive et de course en descente.

6- Suivi de l’athlète

Le patient a terminé ses soins à la douzième semaine et est sorti avec un programme d’entraînement progressif de la force ciblant les membres inférieurs ainsi qu’un programme de course à pied afin d’augmenter progressivement la charge d’entraînement et d’éviter les récidives. Il est recommandé que le patient soit suivi pendant au moins deux mois après la reprise de l’activité en raison du taux élevé de récidive des blessures du mollet – le programme de course à pied exigeait que le patient fasse un suivi de l’EVA et de la tension générale à la fin de chaque semaine et contenait des règles pour adapter le programme de course à pied en conséquence, avec des conseils pour vérifier avec le kinésithérapeute en cas de besoin.

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Prévention des blessures

Selon cette revue du Dr Teddy Willsey, la prise en compte du mécanisme lésionnel et des antécédents de blessure peut aider les cliniciens à prédire avec précision les délais de retour au jeu à la suite de lésions musculaires du mollet. Il est impératif de recueillir les antécédents du patient pour déterminer la gravité de la blessure, le programme de renforcement et le programme de reprise de la course à pied. Comme le souligne Shruti Nambiar dans sa revue, il existe peu de littérature sur les moyens efficaces de prévenir les récidives de claquage du mollet. Toutefois, les exercices de renforcement du mollet se sont révélés prometteurs dans ce domaine.

Conclusion

Dans le domaine de la rééducation des lésions musculaires du mollet, la réussite ne consiste pas seulement à cocher les cases d’un protocole générique. Il s’agit d’élaborer un parcours personnalisé adapté aux besoins et aux objectifs de l’individu. En donnant la priorité à des évaluations approfondies, à la mise en place au plus tôt d’exercices de renforcement et à une approche progressive ciblant l’amplitude, la force, le contrôle et la puissance, nous ouvrons la voie à un retour au jeu pérenne. N’oubliez pas qu’il ne s’agit pas seulement de revenir sur le terrain, mais aussi d’y rester. L’éducation du patient, la fixation de délais réalistes et la cohérence des attentes sont les boussoles qui nous guident dans ce voyage. Et pour naviguer dans ces eaux, les idées recueillies dans les revues de littérature de Physio Network m’ont servi de guide.

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