Faut-il étirer une lésion musculaire ?

8 mins de lecture. Posté dans Prescription d'exercices
Un article de Zenia Wood info

Les atteintes musculaires représentent jusqu’à 55 % de toutes les blessures dans le sport (1). Nous, les spécialistes en rééducation et préparateurs physiques, devons nous améliorer pour prévenir ces atteintes musculaires, car la plupart d’entre elles sont évitables (2). Une question revient fréquemment, mais la réponse apportée dans le cadre d’une rééducation de l’atteinte musculaire est souvent de piètre qualité :

« Faut-il étirer une lésion musculaire ? »

Ce blog va tenter de répondre à cette question, tout en décrivant clairement les recommandations en rééducation pour aider les cliniciens à créer des plans de rééducation adaptés à leurs patients.

Pour une vision plus détaillée des blessures musculaires, n’hésitez pas à consulter la Masterclasse du Dr Nicol van Dyk sur la charge optimale pour les blessures musculaires[en anglais seulement] .

 

Mécanisme lésionnel

Avant de déterminer un plan d’action après une blessure, nous devons d’abord comprendre le mécanisme de la blessure :

Les déchirures musculaires se produisent lorsque la force appliquée au tissu génère un stress ou une tension supérieur(e) à ce que le tissu peut supporter. Cela endommage les myofibrilles (fibres musculaires) à la suite de contractions excentriques rapides (en allongement), souvent lors de mouvements d’accélération ou de décélération (3).

Faire un étirement sur une atteinte musculaire semble répéter le mécanisme lésionnel et peut potentiellement augmenter la blessure à un endroit déjà affaiblie. Par conséquent, en reconnaissant que les atteintes musculaires se produisent en mettant de la charge sur les fibres musculaires au-delà de leur capacité, cela nous permet de dire qu’un étirement/une mise en charge immédiat(e) serait probablement néfaste.

Cependant, éviter les étirements sur le long terme n’est pas non plus la meilleure solution. Avant de plonger dans les recommandations en rééducation des atteintes musculaires, nous devons d’abord comprendre comment classer la gravité de la blessure et connaitre le processus naturel de guérison.

 

Classification des atteintes musculaires

Vous trouverez ci-dessous le système bien connu de classification des atteintes musculaires.

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Les atteintes musculaires surviennent le plus souvent au niveau de la jonction myotendineuse (JMT) lorsque la force est transférée du muscle au tendon. Alors que beaucoup pensent qu’il s’agit de l’emplacement exact où le muscle rencontre le tendon, la JMT se rétrécit en réalité beaucoup moins précisément et plusieurs JMT convergent en plein dans le corps musculaire. C’est ce qu’on appelle le tendon intramusculaire où le les myofibrilles se fixent au tendon dans le muscle lui-même et constituent une autre localisation des atteintes musculaires (1).

Sur la base de ces informations, le BJSM a proposé un nouveau système de classification clinique des blessures musculaires qui identifie l’emplacement spécifique de la blessure dans le muscle. Cette distinction est nécessaire, car nous savons maintenant que la proximité de la déchirure à l’os augmente généralement le temps de rééducation. Par conséquent, en utilisant les deux classifications ensemble, nous pouvons évaluer plus précisément la récupération attendue. Ceci est largement déterminé par les deux plus grands facteurs : la localisation et le nombre de fibres musculaires endommagées (4).

Enfin, les taux de récurrence des atteintes musculaires sont supérieurs à 30 %, il est donc important que nous éduquions nos patients sur la meilleure façon de gérer ces blessures à court et à long terme (5).

 

Phases de guérison des déchirures musculaires (et proposition d’application pratique) (4)

Phase 1 : Phase de dégénérescence/inflammation

→ Rupture et nécrose (mort) des myofibres

→ Réponse inflammatoire : formation d’un hématome (gonflement et coagulation du sang au sein du tissu musculaire)

Application pratique :

  • Évitez le repos complet, la glace et les AINS (6)
  • Ne pas nuire (éviter chaleur, alcool, course, massage) (7) [HARM : Heat, Alcohol, Running, Massage]

 

Phase 2 : Phase de régénération

→ Phagocytose des tissus nécrosés

→ Activation et prolifération des cellules satellites

→ Régénération des myofibres

→ Formation de tissu cicatriciel

Application pratique :

  • Commencer la mobilisation/la mise en charge dès que possible pour favoriser le processus de cicatrisation et réduire l’accumulation de tissu cicatriciel (7)

 

Phase 3 : Phase de remodelage

→ Maturation des myofibres

→ Réorganisation du tissu cicatriciel

→ Fibrose possible

Application pratique :

  • Effectuer des exercices de renforcement (5, 8)

 

Quelle que soit la classification, toutes les atteintes musculaires musculaires passent par ce processus. C’est la vitesse à laquelle cela se produit qui varie en fonction de la gravité de la blessure. Une fois la localisation et la gravité déterminées, la plus grande question est : comment utilisons-nous cette classification pour guider notre rééducation ?

L’intégration est la clé. Il ne s’agit pas d’émettre des délais arbitraires, mais il s’agit plutôt de s’assurer que les patients « cochent toutes les cases » nécessaires et dans l’ordre avant de passer à la phase suivante de la rééducation.

 

Cheminement proposé dans la rééducation des atteintes musculaires

Voici une proposition de protocole de rééducation après une atteinte musculaire :

  1. Repos relatif + Mobilisation précoce
    • Réduire l’activité et éviter d’aggraver l’atteinte musculaire
    • Commencer les mouvements actifs légers pour favoriser une récupération active (augmente le flux sanguin vers la zone)
  2. Récupération des amplitudes
    • Concentrez-vous sur l’augmentation des amplitudes articulaires avec un léger étirement actif
    • Éviter les étirements passifs et les allongements musculaires excessifs
  3. Augmenter l’endurance
    • Faible intensité (charge/résistance), volume plus élevé (répétitions)
    • Concentrez-vous sur l’augmentation de l’endurance musculaire grâce à des contractions musculaires concentriques
  4. Augmenter la charge
    • Augmenter l’intensité (charge/résistance), diminuer le volume
    • Mettre un « stress » sur le muscle affecté par le renforcement musculaire
  5. Augmenter la vitesse
    • Contractions plus rapides
    • Étape finale : retour à la vitesse maximale (cela devrait inclure l’imitation du mécanisme de la blessure)

Réduire les taux de récidive

Les critères de sortie de la rééducation diffèreront selon l’objectif du patient : récupération de la fonction, reprise de l’entrainement ou revenir à un certain niveau de performance, chacun nécessitant une intensité plus importante que la précédente. En fin de compte, la rééducation n’est pas terminée lorsque nos patients ne ressentent plus de douleur ou même lorsqu’ils reviennent au niveau de fonction et de force d’avant la blessure. La rééducation doit se poursuivre jusqu’à ce que les structures concernées soient plus résilientes qu’avant la blessure. Cela nécessite une rééducation pour pouvoir passer à la préparation physique afin de maintenir les acquis (8).

 

Aborder les facteurs de risque

Il est important de noter qu’une seule contraction excentrique, avec une tension suffisamment rapide, peut suffire à provoquer une déchirure musculaire induite mécaniquement, indépendamment d’autres facteurs. Malgré ces cas purement mécaniques, la grande majorité des atteintes musculaires sont de nature multifactorielle. Il est impératif d’identifier et de traiter les facteurs de risque sous-jacents si nous voulons réussir notre rééducation et à prévenir efficacement les atteintes musculaires (9).

Les muscles qui sont intrinsèquement plus sensibles aux déchirures sont (8) :

  • Les muscles biarticulaires (passant au-dessus de deux articulations)
  • Les muscles se contractant de manière excentrique
  • Les muscles avec un pourcentage plus élevé de fibres à contraction rapide (Type II)

Les facteurs modifiables qui jouent un rôle dans l’apparition d’atteintes musculaires comprennent (8) :

  • Échauffement insuffisant
  • Antécédent de blessure sur le même muscle ou de ses articulations associées (qui entravent les schémas de mouvement typiques)
  • Une amplitude de mouvement ou flexibilité insuffisante
  • Des muscles faibles ou fatigués
  • Une mauvaise récupération (nutrition, hydratation, sommeil)
  • Une vascularisation réduite (due à la maladie)

 

Conclusion

Les atteintes musculaires peuvent sembler simples à rééduquer au début. L’utilisation de la douleur comme marqueur du processus peut être trompeuse, car elle disparait généralement assez rapidement avec peu d’intervention, et nous savons que les taux de récidive sont élevés.

Par conséquent, les recommandations proposées pour la rééducation des atteintes musculaires décrites dans ce blog tentent d’aider les cliniciens à réussir le traitement des atteintes musculaires et de faire progresser leurs patients tout au long d’un processus de rééducation plus complet. En tant que clinicien, il est de notre devoir de faciliter un rétablissement complet  au-delà des niveaux de pré-blessure pour renforcer la résilience des individus à long terme.

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Références

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