Pourquoi un traitement fonctionne ? 3 raisons pour lesquelles il est important de le savoir

8 mins de lecture. Posté dans Autre
Un article de Todd Hargrove info

Pourquoi quelqu’un se sent mieux après un massage ? Ou une séance d’acupuncture ? Ou après avoir utilisé un rouleau de massage ? Ou après un ajustement chiropratique, du k-taping, des exercices de mobilité, ou encore un étirement des ischio-jambiers ?

Il existe quelques bonnes réponses à ces questions. Et la chose intéressante que j’aimerais souligner dans ce post, est que très souvent le thérapeute ne les connaît pas… ou il ne s’en soucie même pas ! Ou peut-être que le thérapeute a entendu parler des bonnes réponses, mais qu’il préfère d’autres mauvaises réponses qui sont beaucoup moins plausibles compte tenu de l’état actuel de la science.

En parlant de mauvaises explications : le rouleau de massage ne fonctionne probablement pas en cassant les adhérences ou en ramollissant les fascias. Les manipulations chiropratiques ne remettent pas en place des articulations qui ne seraient pas alignées. Le massage profond ne se débarrasse pas des toxines ou des « nœuds musculaires ». L’acupuncture n’accède pas à des points spéciaux ou des méridiens – placer des aiguilles de manière aléatoire fonctionne tout aussi bien. Certaines chirurgies simulées fonctionnent aussi bien que la véritable chirurgie. Les exercices de contrôle moteur permettent souvent de réduire la douleur même si le contrôle moteur n’a pas changé.

Cela ne signifie pas que les traitements ci-dessus ne peuvent pas permettre à quelqu’un de se sentir mieux. Cela signifie simplement qu’ils ne fonctionnent pas de la manière annoncée. Et non, cela ne veut pas dire que tout est juste un placebo (c’est un mot induisant des confusions et qui ne possède pas de signification claire).

En général, il semble que les thérapeutes aient un fort penchant pour l’idée qu’ils guérissent « les problèmes dans les tissus ». Ils ont tendance à ignorer les problèmes présents dans les systèmes plus complexes du corps – nerveux, immunitaire, autonome – qui sont très sensibles aux afférences même mineures et ont une grande influence sur la façon dont nous nous déplaçons et nous sentons. Peut-être est-ce parce que ces systèmes sont moins visibles, moins tangibles, ou tout simplement parce que les praticiens ne les ont pas étudiés quand ils étaient à l’école.

J’ai été formé en tant que « Rolfer » et j’ai enseigné que le Rolfing [thérapie manuelle de réalignement postural] fonctionnait grâce à sa capacité à modifier les fascias. Ainsi, quand les patients se levaient de la table et disaient se sentir plus grands, plus relâchés, ou qu’ils avaient moins de douleur, c’était forcément parce que leurs fascias avaient changé pour le mieux.

Après avoir fait quelques recherches sur la déformabilité des fascias en réponse à une pression manuelle, j’ai compris que ce n’était pas une bonne explication pour nos observations. Une meilleure explication impliquerait le système nerveux, qui ajuste constamment la tension musculaire, les schémas de mouvement, la perception et la sensibilité à la douleur en réponse à de nouvelles informations sensorielles, y compris les informations sensorielles très récentes induites par le travail sur le corps.

Bien sûr, c’est un peu dommage d’apprendre qu’un postulat central de votre éducation est incorrect. Mais la bonne nouvelle est que cela ne signifie pas que les gens ne peuvent pas être aidés avec votre traitement. C’est un problème totalement distinct. Ainsi mon attitude était : OK, cela n’a pas de rapport avec les fascias, mais cela ne veut pas dire que je ne peux pas aider des personnes.

Mais pour beaucoup de Rolfers, cela doit nécessairement être lié aux fascias. Et pour les chiros, il doit s’agir d’une subluxation, et pour ceux pratiquant le Reiki, il doit s’agir d’énergie, et pour les autres, il doit s’agir de posture, de force des muscles gainants, de déséquilibres musculaires, de schémas de mouvement, etc.

Et bien sûr, beaucoup d’autres diront : « Je me fiche de savoir comment le traitement fonctionne, je sais juste que cela fonctionne, alors pourquoi s’en soucier ? ».

 

Voici trois raisons pour lesquelles il est important de savoir pourquoi votre traitement fonctionne.

 

  1. Si vous savez comment quelque chose fonctionne, vous pouvez le faire fonctionner encore mieux

Cela devrait être évident. Si vous savez où se trouve la cible, il est plus facile de viser dans le mille.

Supposons que l’étirement ou le massage permettent d’obtenir une meilleure amplitude de mouvement en aidant les muscles à se relâcher. (Plutôt sensé, non ? Et soutenu par la recherche !)

Mais si vous pensez que cela fonctionne en cassant les adhérences grâce à des techniques vigoureuses ou en allongeant physiquement les tissus, vous pourriez négliger le fait que votre patient reste relâché.

Quand je travaille sur quelqu’un, je demande toujours : « Comment vous sentez-vous ? ». Voici une réponse courante chez les patients qui pensent que leur problème est totalement dû aux fascias : « Ne vous inquiétez pas pour moi, j’ai une tolérance à la douleur très élevée, faites simplement ce que vous avez à faire ».

Et je penserais en moi : « Eh bien, j’ai besoin de savoir ce que vous ressentez parce que c’est l’un des objectifs principaux de cette technique ». Mais si mon objectif était de casser les fascias ou les nœuds musculaires, je me ficherais évidemment de ce qu’ils ressentent. Et je ne ferais pas un aussi bon boulot.

 

  1. Conséquences inattendues

Imaginez qu’une personne souffrant de douleurs cervicales se rende chez le chiropracteur, qu’il lui dise que son cou n’est pas en place, le lui fasse craquer pour lui remettre en place, et qu’elle se sente immédiatement beaucoup mieux. Quel est le problème si elle pense que le soulagement de sa douleur provient d’un réalignement ?

Peut-être qu’à court terme, cela ne posera pas de problème, mais les fausses croyances ont le pouvoir perfide de causer des problèmes à long terme.

Imaginons que les douleurs cervicales reviennent. La patiente pense que ses vertèbres sont à nouveau déplacées, elle a donc besoin de se faire à nouveau craquer le cou. Elle néglige alors d’autres solutions potentielles telles que les exercices, le repos ou les mouvements doux. Si la douleur cervicale persiste, elle pourrait éventuellement développer la croyance  » pathologique  » que son cou est fragile et instable. Cela peut avoir un effet nocebo – créant davantage de douleur et l’empêchant de réaliser des mouvements sains.

J’ai vu de nombreux patients avec de fausses idées similaires, et cela leur a coûté beaucoup de temps, d’argent, d’anxiété et de confusion.

Et je ne parle pas seulement de patients qui voyaient des chiropracteurs.

J’ai vu des personnes faisant du yoga s’étirer en permanence ; d’autres faisant du Pilates constamment focalisées sur la stabilisation ; des exercices correcteurs à la recherche de déséquilibres musculaires microscopiques ; des fans de mobilité articulaire toujours en train de se mobiliser, comme si leurs articulations avaient besoin d’un bain constant dans le liquide synovial ; ou encore, certains vont commencer à se trouer la peau avec des aiguilles et utiliser toutes sortes d’outils pour leurs fascias.

Tous ces comportements pathologiques découlent de fausses croyances liées à leur compréhension du pourquoi certaines thérapies ont fonctionné pour eux dans le passé. Ces croyances s’articulent autour de l’idée que les thérapies ont corrigé les « problèmes présents dans les tissus » plutôt que de dire qu’elles ont permis d’ajuster temporairement la sensibilité du système nerveux.

En fin de compte, les fausses croyances, aussi petites soient-elles, sont comme des virus – elles se multiplient, se transmettent à d’autres, mutent pour former de super insectes, et peuvent éventuellement causer des maladies. Ne les disséminez pas !

 

  1. La vérité compte

La vérité a une valeur inhérente, même lorsque son application pratique n’est pas immédiatement évidente. La connaissance est toujours un outil puissant – pour vous, vos patients et la société.

Nous ne savons pas encore exactement pourquoi les gens souffrent de douleurs persistantes et quelles sont les meilleures façons de les traiter.

Même si cette connaissance n’a pas encore été créée, il est tout de même utile d’en savoir plus. Chaque pas loin de la désinformation et de la confusion est un pas dans la direction de la vérité.

Soyons francs. La vérité est bonne, l’ignorance… ça craint. Voici quelques citations de gens intelligents pour le prouver.

« Tous les maux sont causés par le manque de connaissance. »

– David Deustch

« Je pense qu’il est beaucoup plus intéressant de vivre sans savoir que d’avoir des réponses qui pourraient être fausses. » 

— Richard Feynman

« Ce n’est pas ce que vous ne savez pas qui vous pose des problèmes, mais c’est ce que vous savez avec certitude et qui n’est pas vrai. »

—Mark Twain

 « La vérité te libérera, mais d’abord, elle t’énervera. » 

– Joe Klaas

Un grand merci à mes lecteurs et aux membres de ma communauté sur les réseaux sociaux qui sont des penseurs, des sceptiques et qui n’ont pas peur de suivre les chemins des preuves scientifiques.

Cela a été initialement publié sur le site internet de Todd Hargrove. Vous pouvez cliquer ici pour en lire davantage.

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