9 mins de lecture. Posté dans Cheville/pied

Mise à jour sur la fasciapathie plantaire / fasciite plantaire

Un article de Dr Michael Rathleff

Un blog de @MichaelRathleff

Avec une introduction de Tom Goom @TomGoom

Initialement posté sur le Running Physio blog Bonne lecture !

La fasciapathie plantaire peut être difficile à traiter et, à ce jour, nous n’avons que peu de preuves de bonne qualité pour nous guider. Ce blog va vous présenter un nouveau paradigme dans le traitement de cette pathologie compliquée. Ça fait un bout de temps que l’on note certaines similarités entre les problèmes de fascia plantaire et la tendinopathie. Déjà en 2006, Scott Wearing décrivait dans un excellent article à quel point les deux structures étaient similaires du point de vue de la pathologie et de la réponse à la charge. Cependant, personne n’a testé si nous pouvions traiter la fasciite plantaire comme une tendinopathie, en tout cas jusqu’à maintenant… Michael Rathleff et ses collègues viennent de publier un nouvel article passionnant qui est le premier du genre et représente une nouvelle approche de traitement pour la fasciite plantaire, j’ai donc été ravi lorsque Michael a très gentiment accepté de partager ses découvertes avec nous. Le travail de Michael comprend d’excellents articles sur la force de la hanche, la douleur fémoro-patellaire et la douleur fémoro-patellaire chez les adolescents. Pour en savoir plus sur les recherches de Michael, suivez-le sur Twitter via @MichaelRathleff.

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La plupart d’entre nous qui ont déjà souffert de fasciite plantaire savent à quel point cette pathologie est à la fois invalidante et frustrante. C’est un peu comme si, tous les matins, vous étiez obligé de marcher sur des morceaux de verre. Peu à peu vous devenez ronchon et insatisfait. La prévalence dans la population générale est estimée entre 3,6 % et 7 % [1-2] et peut représenter jusqu’à 8 % de toutes les blessures liées à la course à pied [3-4]. La prévalence au cours de la vie peut atteindre 10 %, ce qui signifie qu’une proportion assez importante d’entre nous souffrira, à un moment ou un autre, d’une fasciite plantaire ou verra des patients avec cette pathologie au cabinet.

La plupart des études antérieures sur le traitement de la fasciite plantaire ont utilisé une combinaison de semelles, d’étirements plantaires spécifiques ou une intervention similaire sans exercice. Ces interventions se sont avérées efficaces dans une certaine mesure et nous savons qu’elles sont supérieures au traitement placebo. Cependant, une grande proportion de patients présentent encore des symptômes deux ans après le diagnostic initial. La plupart des cliniciens qui voient ces patients au cabinet conviendront qu’ils peuvent constituer un défi de taille, surtout s’ils présentent des symptômes qui durent depuis longtemps. Nous devons donc absolument commencer à réfléchir à de nouveaux traitements efficaces. Il est intéressant de voir que nous commençons à réaliser qu’il existe des similitudes entre la fasciite plantaire et la tendinopathie. Nous savons de la littérature que l’entrainement en force à charges élevées semble être efficace dans le traitement de la tendinopathie [5]. Une approche similaire de la fasciite plantaire semble donc pertinente à tester. Nous avons récemment terminé une étude dans laquelle nous avons étudié l’effet d’un programme de renforcement à charges élevées en comparaison à un programme standard d’étirements plantaires spécifiques pour traiter la fasciite plantaire. [6]

Notre question principale avant de commencer l’étude était de savoir comment nous pourrions induire des forces de traction suffisamment élevées sur le fascia plantaire qui seraient similaires aux charges induites sur le tendon patellaire pendant, par exemple, un squat sur une jambe. Notre approche a consisté à exploiter le mécanisme du treuil [windlass mechanism] pendant les montées unilatérales sur pointes de pieds en utilisant une serviette pour induire une flexion dorsale des orteils. En théorie, le mécanisme du treuil provoquerait un resserrement du fascia plantaire lors de la flexion dorsale des articulations métatarsophalangiennes tandis que les contraintes élevées sur tendon d’Achille sont transférées au fascia plantaire en raison de leur connexion anatomique étroite [7-9].

Nous avons recruté 48 patients avec une fasciite plantaire vérifiée par échographie. Ils ont été randomisés soit dans le groupe renforcement à charges élevées ou le groupe étirements plantaires spécifiques. De plus, les deux groupes ont reçu une courte fiche d’information à destination du patient et des talonnettes en gel. La fiche d’information contenait des informations sur la fasciite plantaire, des conseils sur la gestion de la douleur ; des informations sur la façon de modifier l’activité physique ; comment reprendre progressivement le sport et des informations sur l’utilisation des talonnettes en gel. Petite remarque personnelle, je pense que l’un des éléments clés d’une prise en charge réussie de la fasciite plantaire est d’éduquer le patient. Vous pouvez lire les conseils utilisés dans le tableau 1 ci-dessous.

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Tableau 1

Le protocole d’étirements plantaires spécifiques était identique à celui de Digiovanni (2003) [10]. Les patients ont été invités à effectuer cet exercice en position assise en croisant la jambe affectée sur la jambe controlatérale (Figure 1). Ensuite, tout en utilisant la main du côté affecté, ils ont reçu pour instruction de placer les doigts sur la base des orteils au bout du pied (distalement par rapport aux articulations métatarsophalangiennes) et de ramener les orteils vers le tibia jusqu’à ce qu’ils sentent un étirement dans la voûte plantaire. On leur a demandé de palper l’aponévrose plantaire pendant l’étirement pour s’assurer d’une tension dans l’aponévrose plantaire. Comme dans le protocole de Digiovanni, les patients ont été invités à effectuer l’étirement 10 fois, pendant 10 secondes, trois fois par jour [10].

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Le renforcement à charges élevées était composé d’élévations unilatérales sur pointes de pied avec une serviette sous les orteils pour activer davantage le mécanisme du treuil. La hauteur de la serviette était individualisée ; le but était que les orteils soient en flexion dorsale maximale lors de la position haute du talon. Les patients ont reçu pour instruction d’effectuer les exercices tous les deux jours pendant trois mois. Chaque élévation de talon consistait en une phase concentrique de trois secondes (montée) et une phase excentrique de trois secondes (descente) avec une phase isométrique de 2 secondes (pause en position haute du talon). La progression du renforcement à charges élevées fut lente tout au long de l’étude, comme le rapporte Kongsgaard et al. [11]. Ils ont commencé à 12 répétitions maximum (RM) pour trois séries. Après deux semaines, ils ont augmenté la charge en utilisant un sac à dos avec des livres et ont réduit le nombre de répétitions à 10 RM, augmentant simultanément le nombre de séries à quatre. Après quatre semaines, on leur a demandé d’ajuster la RM à 8RM et de faire cinq séries. Ils ont reçu pour instruction de continuer à ajouter des livres au sac à dos à fur et à mesure qu’ils gagnaient en force.

Un point cliniquement très important : il faut bien faire attention à ce que l’élévation sur pointe se fasse lentement pour réduire le risque de flambée des symptômes.

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Nous avons utilisé le Foot Function Index comme critère d’évaluation principal à trois mois, mais nous avons également effectué des suivis à 1,6 et 12 mois. Lors de notre suivi à 3 mois, nous avons revu les patients du groupe renforcement à charges élevées et leur Foot Function Index était diminué de 29 points. C’est une différence bien plus importante que la différence minimale cliniquement pertinente, et cela suggère que le renforcement à charges élevées a un effet supérieur aux étirements plantaires spécifiques. Il est important de mentionner que nous n’avons pas retrouvé de différences entre les groupes à 6 et 12 mois, ce qui indique que le renforcement n’est pas supérieur à long terme. Cependant, si vous demandez à un patient de choisir entre deux traitements qui ont les mêmes effets à long terme, mais l’un vous permettra de réduire votre douleur plus rapidement, je suis certain que tous les patients choisiront le traitement qui leur donne une diminution de la douleur la plus rapide.

Pourquoi le renforcement à charges élevées serait-il efficace dans le traitement de la fasciite plantaire ? Cette question et bien d’autres restent sans réponse. Une autre explication serait que le renforcement à charges élevées stimulerait l’augmentation de la synthèse de collagène qui aide à la normalisation de la structure tendineuse et à augmenter la tolérabilité de la charge sur le fascia plantaire. Ainsi cette stimulation engendrerait de meilleurs résultats chez les patients. Une autre explication serait que l’exercice aide à améliorer l’amplitude en flexion dorsale de cheville tout en améliorant la force intrinsèque du pied et la force en flexion dorsale de cheville. Lorsque j’ai moi-même effectué le programme de renforcement à charges élevées pour notre étude pilote, j’ai développé de bonnes courbatures [DOMS : Delayed Onset Muscle Soreness] dans les muscles intrinsèques du pied, ce qui montre qu’ils sont actifs pendant l’exercice. Les questions sont nombreuses et j’espère que d’autres chercheurs jetteront un regard critique sur nos résultats et confirmeront ou contrediront nos résultats.

L’idée de ‘charger’ [mettre du poids] pour le traitement de la fasciite plantaire n’est en aucun cas un traitement miracle. Cependant, cet article nous fournit la première preuve que le renforcement à charges élevées peut être la voie vers des traitements plus efficaces pour la fasciite plantaire. Le message clé adressé aux patients est qu’ils doivent effectuer les exercices (sinon ils ne fonctionneront probablement pas) et qu’ils doivent être effectués lentement (3 sec en haut, 2 sec en pause en haut et 3 sec en bas) pour réduire le risque de flambée des symptômes et avec assez de poids en commençant par 12RM et 3 séries puis descendre jusqu’à 8RM et 5 séries.

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  • Rafaël Chemla

    Merci pour cet article intéressant, cela fait quelque temps que je travail les fasciapathie (plantar heel pain ?) comme des tendinopathies avec des résultats assez similaire avec les autres tendinopathies, c’est à dire plutôt efficace mais avec une évolution aléatoire selon les patients. Je me pose une question – somme nous certain que le fascia soit toujours le problème ? Est ce possible que parfois on se retrouve avec une tendinopathie du carré plantaire, de l’abd ou l’add de l’hallux voir même des lombricaux ?? Ce qui m’interpelle c’est que la douleur à la palpation est certes souvent en antéro médiale du calca mais parfois un peu plus centrée voir en avant et plus ou moins profonde…
    Bref, encore beaucoup de question devant ces pathologies.

    Rafaël Chemla | 27 août 2021 |
  • Olivier Palluel

    L’article est intéressant cependant le groupe témoin fait des étirements de 10 secondes. Les étirements sont généralement toujours bien plus longs , en quoi des étirements de 10 secondes peuvent-ils être efficaces pour étirer une structure faciale dans le groupe témoin?? Il est alors évident que quelque soit l’autre mode de traitement on obtienne un résultat significatif. N’aurait-il pas mieux valu faire un étirement doux et progressif de 3, 4 ou 5 fois 1minutes pour avoir quelque chose de plus objectif ?? je pose la question

    Olivier Palluel | 25 juin 2021 |

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