8 mins de lecture. Posté dans Poignet/main

Comment traiter le syndrome du canal carpien

Un article de Alec Lablache

Le syndrome du canal carpien (SCC) est une affection impliquant un nerf qui parcourt l’avant-bras et passe à travers un tunnel dans le poignet. Dans cette pathologie, c’est à cet endroit qu’il est comprimé (3). La compression de ce nerf entraine des douleurs, des picotements et / ou un engourdissement des doigts, de la paume et peut s’étendre à l’avant-bras (3). Le SCC est plus fréquent chez les femmes et généralement lié aux facteurs suivants (1,3) :

  1. Excès de contraintes sur le poignet et / ou sur les doigts
  2. Un antécédent de fracture ou de blessure du poignet
  3. La grossesse
  4. Le diabète
  5. L’arthrite

Le SCC est la neuropathie compressive la plus courante touchant les membres supérieurs et est souvent associée à certaines professions (3). Le SCC a une prévalence de 3 à 4 %, est plus fréquent entre 40 et 60 ans et affecte les femmes 10 fois plus souvent que les hommes (1).


Comment est-ce que je sais que je souffre d’un SCC ?

Lors de l’évaluation d’un patient à la recherche d’un SCC, il est important d’inclure les éléments suivants :

  • Les antécédents de maladies
  • Les symptômes cliniques
  • Des changements des dimensions de la main
  • L’imagerie (pour vérifier)
  • Le BCTQ (Boston Carpal Tunnel Questionnaire)

Lors de l’évaluation du SCC, une étude de conduction nerveuse, l’électroneurographie (ENG), est le moyen le plus précis pour diagnostiquer le SCC (1). Elle permet de montrer la taille, certaines caractéristiques et de déterminer le stade de la maladie (1). Pour ce faire, le nerf médian et les groupes musculaires qu’il innerve sont évalués, car le SCC est souvent associé à une réduction significative des performances et de la force musculaires (1). Cependant, l’imagerie échographique, bien qu’elle ait une sensibilité inférieure à l’ENG, est le moyen le moins cher et le plus rapide de diagnostiquer le SCC (1).


Et si ce n’est pas un SCC ?

Il est également important d’exclure d’autres pathologies qui peuvent avoir une présentation similaire, notamment :
  • Les pathologies de la moelle épinière ou du plexus brachial
  • Le syndrome du défilé thoracique
  • La compression du nerf médian au niveau du bras (segment proximal)
  • Les changements dégénératifs


Récupère-t-on complètement d’un SCC ?

En général, les personnes diagnostiquées d’un SCC répondent bien aux différents types de traitement proposés. Le traitement peut commencer dès que le début des symptômes par des choses simples et courantes, notamment :

  1. Faites des pauses plus fréquentes pour reposer vos mains.
  2. Évitez les activités qui aggravent les symptômes.
  3. Appliquez des poches de froid pour réduire le gonflement.

En post-opératoire, moins de la moitié de ceux qui subissent une intervention chirurgicale déclarent que leur main revient à un niveau de fonction «normal» ou pré-lésionnel. Une faiblesse résiduelle ou une altération de la sensation est courante après une opération et beaucoup doivent ajuster leur environnement de travail pendant plusieurs semaines après leur opération.


Qu’est-ce qui peut améliorer mon SCC ?

La thérapie manuelle

Les chercheurs ont découvert que l’utilisation de la thérapie manuelle sur diverses parties de la main et du poignet peut aider à améliorer les symptômes liés au SCC. Quelques exemples de techniques utilisées dans les études sont présentés ci-dessous.

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La neuromobilisation

Les chercheurs qui ont examiné l’efficacité de la kinésithérapie sur des cas de SCC affirment que les participants atteints de SCC avaient une mobilité du nerf médian réduite. Ce manque de mobilité provient du rétinaculum des fléchisseurs (gaine traversant le poignet) qui comprime le nerf médian ainsi que leurs vaisseaux sanguins (1). Cette compression au fil du temps peut conduire à la formation d’un œdème et de tissu cicatriciel qui réduit davantage la mobilité des tissus voisins (1). Dans ces études, une mobilité nerveuse statistiquement plus élevée a été retrouvée chez les participants qui avaient un SCC et qui avaient reçu un traitement de mobilisation neurale. Les images ci-dessous montrent une technique de neuromobilisation qui peut permettre d’arriver à ces résultats positifs.

 

Le kinésiotape

Une étude de la revue a testé l’application et les effets du kinesiotape pour le traitement du SCC – ceci est illustré dans l’image ci-dessous. L’étude qui montre que l’application du kinesiotape, lorsqu’il est combiné à une thérapie par l’exercice,pourrait s’avérer être une méthode efficace de traitement du SCC (1).

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Interventions basées sur le yoga

Fait intéressant, une étude plus ancienne de 1998 a étudié l’utilisation d’un ensemble d’exercices basé sur le yoga sur un groupe de personnes avec un SCC diagnostiqué et a comparé les résultats à un groupe qui n’a reçu aucun traitement. Les exercices ont été réalisée pendant 8 semaines et consistaient à faire des étirements, du renforcement et de l’équilibre au niveau des membres supérieurs ainsi que des techniques de relaxation (yoga).

Il a été conclu que ceux du groupe yoga avaient des améliorations statistiquement significatives à la fois dans le score de la douleur et celui de la force de préhension. Il y avait aussi un signe de Phalen moins positif sur les tests nerveux après les exercices (yoga).

Les auteurs suggèrent que l’étirement peut aider à soulager la pression dans le poignet, qu’une meilleure posture peut réduire la compression intermittente et que l’amélioration du flux sanguin peut avoir eu des effets ischémiques sur le nerf atteint (yoga).

 

Infiltration de corticostéroïdes (CS) vs attelle de nuit

Une étude de 2018 a examiné les différences entre infiltration de CS et attelle de nuit pour les personnes ayant un diagnostic de SCC de 18 mois et plus avec des symptômes légers à modérés (4). Un groupe a reçu une seule infiltration de CS tandis que l’autre groupe a utilisé une attelle de nuit. Cette étude a prouvé qu’il n’y avait pas de différences statistiques entre les deux groupes aux suivis de 12 et 24 mois (4). Cependant, il a été montré qu’un plus grand nombre de patients ayant reçu une infiltration de CS était réorienté ultérieurement (28 % vs 20 %) et avait subi une intervention chirurgicale (22% vs 16%) (4). Ceci, combiné au fait que l’infiltration de CS a un rapport coût-efficacité moins important que l’attelle de nuit, peut conduire à la conclusion que l’attelle de nuit est une option plus efficace, durable et abordable par rapport à une infiltration de CS isolée.

 

Quels exercices peuvent aider à traiter mon SCC ?

Voici quelques suggestions d’exercices qui peuvent aider à réduire vos symptômes. Il est recommandé de consulter un professionnel de santé avant de faire ces exercices fréquemment ou intensément. Cela leur permettra d’évaluer et de prescrire des exercices adaptés à votre atteinte et d’ajuster la technique pour prévenir l’aggravation potentielle des symptômes.

 

 

Glissement du nerf médian

Que faire si mon cas est sévère et que je ne m’améliore pas avec le traitement ?

La chirurgie peut être indiquée pour les personnes présentant des symptômes qui persistent après un traitement conservateur, ou pour celles présentant des symptômes sévères (3). Voici d’autres cas pour lesquels l’intervention chirurgicale est préconisée (7) :

  • Plusieurs semaines à plusieurs mois d’échec du traitement conservateur
  • Perte de force du pouce, de sensation et / ou de coordination des doigts
  • Tumeurs ou excroissances qu’il est nécessaire de retirer
  • Lésion du nerf médian (sur l’imagerie ou perte de force) ou risque d’atteinte du nerf médian

Aux États-Unis, 40 % des personnes atteintes de SCC subissent une intervention chirurgicale et 31% au Royaume-Uni. La rééducation postopératoire des chirurgies de libération du nerf médian se concentre sur l’amélioration du temps de récupération après l’opération, la gestion des symptômes liés à la chirurgie ainsi que l’amélioration de la fonction du poignet grâce à des exercices de renforcement et de mobilité (3).

Les taux de risque et de complications pour les procédures de libération du nerf médian sont inférieurs à 1 % (7). Ces complications potentielles concernent le nerf médian ou d’autres structures qui peuvent avoir été endommagées pendant l’opération (7). Après une chirurgie dans le cadre d’un SCC, Il a aussi la possibilité d’une infection et que la zone autour de la cicatrice soit sensible (7).


Résumé

Le SCC peut toucher jusqu’à 4 % de la population mondiale (1). Les kinésithérapeutes proposent une gamme de méthodes de traitement et d’exercices qui peuvent aider à réduire les symptômes ou à rééduquer des structures lésées. Si une période de traitement conservateur entraine peu ou pas d’amélioration et / ou si vous avez un diagnostic de SCC sévère ou de SCC avec complications, la voie chirurgicale peut être envisagée.

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Alec Lablache
Physiotherapist (APAM)

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