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Entorse de cheville : de la recherche à la pratique

10 mins de lecture. Posté dans Cheville/pied
Un article de Ashish Dev Gera info

Imaginez que vous tombiez sur un tweet qui ressemble à cela :

« Corps humain : je peux concevoir un humain entièrement constitué en l’espace de neuf mois, avec un cerveau, un système respiratoire fonctionnel, des globes oculaires, tout.

Moi : Génial. Combien de temps faut-il pour que ma cheville aille mieux ?

Corps humain : sept ans et elle ne sera plus jamais la même… »

Si ce n’est pas assez pour résumer les particularités des entorses latérales de cheville, je ne sais plus quoi dire. Je sais ce que vous vous dites : « Une entorse de cheville ? Ce n’est pas si grave ! » Eh bien, laissez-moi vous dire que tout n’est pas rose quand il s’agit d’évaluer et de traiter ces blessures gênantes de la cheville. Dans les populations physiquement actives, l’entorse latérale de la cheville est l’affection musculo-squelettique la plus répandue (1). Considérée isolément, l’entorse latérale de cheville peut sembler être une blessure mineure qui guérit rapidement et ne nécessite qu’une intervention minimale, mais la réalité est bien différente de cette perception initiale.

Un nombre important de personnes ayant subi une entorse latérale de cheville dans le passé sont sujettes à des entorses ultérieures. Nombre d’entre elles sont confrontées à des limitations physiques et subjectives, et sont souvent aux prises avec des cas persistants de cheville qui « lâche », ce qui conduit au développement d’une instabilité chronique de la cheville. C’est comme avoir une cheville rebelle qui refuse de guérir correctement. C’est comme être coincé entre le marteau et l’enclume ! L’arthrose post-traumatique de la cheville n’est pas exclusivement réservée aux personnes d’âge moyen ou aux personnes âgées ; elle peut toucher des personnes de tout âge. Au-delà de l’impact physique, les entorses latérales de la cheville ont également un impact financier important, avec des milliards de dollars dépensés chaque année pour le traitement initial et les soins continus.

Les kinésithérapeutes peuvent facilement se retrouver dans des situations délicates lorsqu’il s’agit d’entorses de cheville, car ils s’appuient sur diverses stratégies de traitement pour les prendre en charge. Il n’existe pas de consensus universel sur le traitement des entorses latérales de cheville, ce qui laisse les kinésithérapeutes dans le flou lorsqu’il s’agit de recommander aux patients de reprendre le sport. Les effets néfastes des entorses latérales de cheville et de l’instabilité chronique de cheville sont inquiétants et mettent en évidence le besoin urgent d’améliorer les stratégies pour traiter efficacement ces pathologies. Il est clair qu’il y a là une lacune. Rassurez-vous, il y a de l’espoir à l’horizon. Chez Physio Network, nous cherchons assidûment à combler ce fossé entre la recherche en physiologie et la pratique clinique pour les entorses de cheville. Dans ce blog, je vous expliquerai, au travers des revues de Physio Network, comment je réussis à prendre en charge avec succès mes patients souffrant d’une entorse latérale de la cheville.

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Le cas

Notre patient a 36 ans, il est passionné de basket-ball et s’est tordu la cheville après avoir tenté un double-pas (layup). Malgré la gêne occasionnée, il a réussi à se déplacer en boitant. Il s’est empressé d’appliquer de la glace pour soulager le gonflement. Il s’agissait d’un patient sans rendez-vous et sans recommandation de médecin. Notre patient résilient nous a révélé que ce n’était pas la première fois qu’il se faisait mal à la cheville sur le terrain de basket – il y a un an, il avait eu un incident similaire.

Ce patient n’est pas tout à fait comme les autres. Professeur dévoué dans une université locale, il jongle avec les exigences de la montée des escaliers, de l’enseignement et des conférences. Et comme si cela n’était pas assez impressionnant, il est également un randonneur et un coureur passionné, avec quelques semi-marathons à son actif. Étonnamment, après sa précédente mésaventure à la cheville, il n’a pas fait d’exercices de rééducation et, une fois la douleur maîtrisée, il s’est lancé dans un trek en haute altitude. Un an plus tard, il a même terminé trois semi-marathons, tout en sachant que sa cheville n’était pas au meilleur de sa forme. Frustré par la récurrence de sa blessure, il est déterminé à rééduquer sa cheville « correctement » cette fois-ci. Pour couronner le tout, il a mentionné avoir entendu un « craquement » inquiétant lors d’un récent traumatisme. Il est venu à la clinique deux jours après la deuxième entorse de la cheville.

 

L’évaluation

Cette revue de Physio Network par Shruti Nambiar fait le point sur les recommandations cliniques fondées sur les preuves concernant le diagnostic, le traitement et la prévention des entorses de cheville. Les fractures ont été exclues à l’aide des règles d’Ottawa et, quatre jours après la blessure, un test de tiroir antérieur ainsi qu’une palpation ont été effectués pour évaluer les dommages, comme le recommande la revue. Les résultats ont indiqué une suspicion de lésion modérée de grade II du ligament talo-fibulaire antérieur (LTFA), ouvrant la voie à un parcours de rétablissement complet. L’échelle numérique d’évaluation de la douleur a été fixée à 7/10 et le questionnaire FADI (Foot and Ankle Disability) sur les limitations fonctionnelles du pied et de la cheville a été utilisé. Ce brillant article du Dr Michael Reiman m’a rappelé qu’il ne faut pas se fier à un seul test, car les tests spécifiques ne sont pas si spécifiques que cela – il faut toujours combiner les tests avec les antécédents, la palpation, la mise en charge et d’autres résultats subjectifs et objectifs. Cette revue préconise une approche d’évaluation complète utilisant une perspective bio-psycho-sociale pour évaluer l’impact de la blessure sur le patient qui se trouve en face de vous. Le test de la fente en charge a été effectué pour évaluer l’amplitude de mouvement en dorsiflexion. Le test d’équilibre sur une jambe et le test d’équilibre en étoile ont été utilisés pour évaluer les déficiences du contrôle postural. Des évaluations physiques de routine ont été effectuées des deux côtés, blessé et non blessé, y compris des tests de force musculaire et une évaluation de la marche.

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Le traitement

Après trois jours de repos et de glaçage avant de venir à la clinique, il était temps de procéder à un entraînement neuromusculaire et proprioceptif précoce, comme l’indique cet article de Shruti Nambiar. Le patient a été vu trois jours par semaine pendant les deux premiers mois, puis deux jours par semaine pendant les huit mois suivants. De nombreuses preuves irréfutables confirment l’efficacité des exercices thérapeutiques basés sur les déficiences pour traiter les entorses de la cheville, comme le montre cet article du Dr Chris Bleakley – il souligne que dans le monde des entorses de cheville, le traitement conservateur n’est pas une approche unique. Il s’agit d’un parcours personnalisé, adapté aux besoins et aux objectifs uniques de chaque personne, ainsi qu’à la gravité de l’entorse. L’essentiel est de reprendre progressivement des activités fonctionnelles, en mettant l’accent sur une activité précoce et protégée, tout en écoutant les symptômes et les signaux du corps.

Au cours de la phase initiale, la mobilisation avec mouvement (MWM) a été effectuée pour améliorer l’amplitude des mouvements de dorsiflexion, comme le montre cette étude de Robin Kerr, afin de promouvoir une auto-prise en charge par le biais d’une réduction de la douleur. Les méthodes d’auto-mobilisation ont ensuite été enseignées au patient pour une utilisation non supervisée, comme l’indique cette étude du Dr Travis Pollen, qui indique qu’elles apportent des améliorations statistiquement significatives sur une variété de mesures de résultats. Une attelle semi-rigide a également été utilisée pendant les exercices à la place du K-tape, cette étude de Todd Hargrove suggérant que le K-tape n’offre pas une stabilité adéquate après une entorse de cheville.

L’entraînement proprioceptif a été introduit pour réduire le risque d’entorses récurrentes de la cheville, comme l’indique cette revue de Sandesh Rangnekar sur les avantages des programmes d’entraînement proprioceptif pour la rééducation de l’entorse de cheville. Des exercices de renforcement en chaîne ouverte ont été réalisés dans un premier temps, suivis d’exercices en chaîne fermée, en mettant l’accent sur les fléchisseurs plantaires et le tibial postérieur. L’inversion contrôlée en flexion plantaire à l’aide d’un élastique a été encouragée et la résistance a été progressivement augmentée. L’élastique a ensuite été utilisé pour travailler la rotation médiale en position debout dans les phases ultérieures de la rééducation. La marche sur les talons a été encouragée tout en contrôlant la rotation médiale excessive du pied. Pour progresser, nous avons utilisé une planche d’équilibre pour faire travailler la cheville dans des amplitudes de mouvement extrêmes. Un entraînement fonctionnel sur une seule jambe a été réalisé dans différents plans à l’aide d’élastiques et de câbles, une fois que le patient ne ressentait plus de douleur, qu’il avait une force suffisante et qu’il avait une amplitude de mouvement complète. Des rebonds, des sauts, des changements de direction et des atterrissages en saut ont également été effectués, ainsi que des techniques avec l’utilisation de perturbation externe.

 

Le retour au sport

Dans cette brillante étude du Dr Teddy Willsey, les praticiens disposent d’un cadre pour évaluer l’état de préparation d’un athlète à la reprise du sport. Dans cette revue détaillée, il souligne que l’approche incorpore à la fois des évaluations de l’état de préparation psychologique et des tests physiques en tant qu’éléments à part entière du parcours de l’athlète sur le terrain de sport. Cette approche globale souligne l’importance d’aborder non seulement la récupération physique, mais aussi la préparation mentale, nécessaire à un retour au sport réussi. Bien que mon patient ne soit pas un sportif de haut niveau, cette revue a guidé mon processus de prise de décision.

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Conclusion

Pas de panique, bien que le traitement des entorses de la cheville puisse s’avérer difficile (c’était certainement le cas pour moi), un espoir se profile à l’horizon ! Les revues de littérature de Physio Network sont une ressource inestimable pour guider le traitement des entorses de la cheville. Lorsqu’il s’agit de prendre en charge cette blessure fréquente, il est essentiel de fonder les décisions cliniques sur des données de recherche solides.

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Références

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